Son nom est personne

Proposition quotidienne de rédaction
Qu’est-ce qui caractérise un bon voisin ?

Ce qui caractérise un bon voisin ? Tout va surtout dépendre de notre petite personne.

Par exemple et de manière phallo-centrée, si l’on prend mon cas, je ne veux personne comme voisin.

Parceque dans un immeuble, qu’est ce qu’il se passe ? On se farcit absolument toutes les personnalités possibles sans avoir le moindre choix, un melting-pot dont on fait d’ailleurs partie. On se retrouve donc dindon de la farce, ou farci de la caisse. Un patchwork aléatoire qui fait le bonheur des uns et le malheur des autres. Quand on vit en appartement, les murs sont plus rapporteurs que porteurs, c’est une franche maçonnerie.

De nature misophone, donc détestant le bruit, et mondophobe, c’est comme agoraphobe sauf que je déteste juste la présence des gens, et ne pouvant vivre ma vie d’ours ou d’ermite comme je le voudrais, je dois supporter l’existence involontaire de ces pauvres personnes qui n’ont rien demandé.

Mais parfois, j’aimerais bien qu’elles se demandent un peu.

Entre ceux qui jouent aux meubles musicaux de 6h à 23h, c’est comme les chaises musicales sauf qu’il faut que ça soit les meublent qui jouent, ceux qui crient sans raison dans les couloirs comme s’ils étaient possédés par un démon qui bosserait à mi-temps au marché d’Aligre, celles qui font des cours de claquettes/zumba en talons aiguilles, ceux qui font rouler des bottes de foin, ceux qui font des travaux pour accrocher des cadres à l’aide d’un marteau piqueur et d’une moissonneuse batteuse, ceux qui passent l’aspirateur Dyson Dolby Surround à des horaires que l’on pourrait qualifier de questionnables, ceux qui font les 100 pas tous les 100 pas pour arriver à leurs 10 000 pas journaliers, ceux qui ont des enfants qui sprintent et s’égosillent parcequ’ils sont simplement heureux ou HPI (Haut potentiel Insupportable), bref.

Vivre en communauté, c’est compliqué quand la communauté n’est pas câblée de la même manière. Mais si tout le monde était pareil au sein d’une communauté, il y aurait de quoi péter un boulon. Jamais content le bougre.

Alors que faut-il ?

Créer des immeubles entièrement constitués de sociopathes ? Et plus loin, bien plus loin, des immeubles pour les gens qui aiment vivre dans des poulaillers humains ? Mettre en place un système de lois intra-muros, c’est à dire que tout le monde ferme sa gueule à partir de 19h jusqu’à 8h du mat, et le dimanche aussi, sinon la Tintamarréchaussée débarque ? Valider ce jeu de mots est d’ailleurs puni par la loi.

En vérité, il n’existe pas de voisin exemplaire, un voisin est juste un humain qui tente de vivre. Et vu qu’il n’a pas l’art et la même manière de vivre que vous, alors parfois ça sera un bon, et parfois un mauvais voisin. Tout comme vous serez sans doute un voisin bien, ou moyen. Mais rien n’est binaire, rien n’est manichéen. Nous sommes tous le con, et aussi le voisin de quelqu’un.

Par contre, on peut éviter une chose à tout prix : la fête des voisins ? Donc moi je suis censé fêter le fait d’avoir des voisins ? Alors oui c’est fédérateur, oui ça fait bouger et rencontrer, mais on ne demande pas à un timide de faire un one-man-show dans le métro, à quelqu’un qui a Alzeihmer de jouer au Memory, ou à un cul de jatte daltonien de jouer au Twister, si ?

Comme on dirait au Père Lachaise, un bon voisin est un voisin mort. Je vous laisse avec cette phrase de fin.

FIN


3 réponses à “Son nom est personne”

  1. Excellent texte, et je me permets de vous citer: « Un voisin est juste un humain qui tente de vivre. » Lorsque chez moi, nous avons un moment de répit grâce au départ d’un voisin qui, comme nous, tentait de vivre à sa manière, je me dis que vivre en « cage à lapins » est le prix à payer pour ne pas avoir compris que, dans ce monde capitaliste, faire le plus d’argent possible est un impératif, car la paix s’achète. Alors il me vient à l’esprit que des chocs entre voisins peuvent se produire dans des appartements à dix millions d’euros, de dollars ou de livres. Donc, voilà, j’aimerais lire une suite à votre article où vous discuteriez ce moment parfois brutal où l’on prend son courage à deux mains pour aller sonner chez le voisin tapageur. Car je pense que c’est là que tout se joue et que c’est à ce moment précis que l’on découvre que « tenter de vivre » chacun à sa manière est quelque chose qui relève de l’incommensurable. S’il fallait continuer à dire que l’homme est un animal social, il faudrait, je pense, compléter la phrase par: « lorsqu’il ne l’oublie pas. »

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    • Un grand merci ! Vous avez ma foi parfaitement synthétisé l’essence du problème : le prix de la paix est cher et voilà pourquoi vivre en communauté peut presque devenir une guerre. L’homme est un animal tout court, social quand ça l’arrange, social par défaut, social quand il est de nature à vivre en meute, mais l’homme est surtout un loup pour l’homme donc ses interactions peuvent vite tourner court. Vous avez une nouvelle fois visé juste en disant : « lorsqu’il ne l’oublie pas ». Car on on revient vite à nos instincts, et quel que soit le mouton, la bergerie n’est pas le havre de paix de tout un chacun. Je réfléchirai à une suite en tout cas, et bonne soirée à vous !

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