Bon, il va falloir couper court à nos activités et s’arrêter deux petites minutes pour parler de l’intérim.
Pour tous ceux qui sont aveugles, étrangers ou qui ignorent tout simplement ce que c’est, l’intérim c’est le Tinder de l’emploi. C’est à dire que c’est une mission temporaire pour une entreprise dans un domaine que tu ne connais pas et qui peut éventuellement déboucher sur quelque chose de plus sérieux. On te fait un résumé rapide avant de partir en mission et une fois sur place tu constates la bonne ou la mauvaise surprise. Et là, soit tu choisis de rester, soit tu choisis de partir. Et parfois, du fait de l’argent notamment, tu n’as pas le choix. Pour les plus âgés, c’est le Next du monde professionnel.
Tu peux être appelé pour construire un rayon de Leroy Merlin, dérouler des bâches pour l’étanchéité d’un bassin ou faire l’inventaire d’un magasin, tout ça dans la même semaine. Comme dans le Caméléon sauf que c’est pas les mêmes entreprises ni les mêmes compétences. L’avantage certain c’est d’être assez libre, d’accepter ou de décliner les missions, et de modeler son planning selon ses envies. Parfait pour un célibataire de l’emploi, qui veut juste profiter de la vie avant de se marier avec un CDI.
Tu peux aussi étendre ta palette de compétences et de connaissances et dire à tes amis que tu as fait plus de 40 métiers dans ta vie (c’est ce que je fais) alors que t’as parfois bossé un jour seulement dans une mission. Certaines missions m’ont amenés vers de grandes choses et d’autres m’ont juste amenés à l’endroit où la mission se déroulait.
J’ai par exemple déjà fait une mission dans une entreprise de multicoques de bateaux en matériaux composites et je ne comprenais pas du tout pourquoi j’étais là-bas, ceci dit pendant une journée j’ai eu l’impression d’être un ingénieur. Le lendemain il y a eu trois accidents de bateaux et une cinquantaine de morts, mais je ne crois pas aux coïncidences.
Autre avantage et pas des moindres, si la mission dure quatre heures admettons et que finalement elle requiert une heure de boulot effectif, tu peux disposer et être payé quatre heures. T’es plus ou moins député quoi. Puis s’il y a intempérie pendant ta journée de travail, dans certains domaines uniquement, tu peux rentrer chez toi et être payé pour la journée également. Dieu bénisse la Bretagne et son climat.
Mais il y a aussi quelques inconvénients à travailler en intérim…
Tu as l’embarras du choix mais tu dois souvent choisir l’embarras. On peut t’envoyer un peu n’importe où, et c’est globalement au charbon puisque les entreprises embauchent pour remplacer ou faire de la basse besogne. Attention il n’y a pas de sous-métier ni de sous-intérim, mais il est rare que tu éclates de joie en arrivant sur place. Ma toute première mission en intérim fut par exemple dans une usine qui produisait des religieuses au chocolat ou au café. Et mon rôle était de placer des têtes de religieuses sur des corps de religieuses. Pendant 8h. C’est pas que je remettais en question mon avenir professionnel, c’est que je doutais de mon besoin de continuer à vivre.
Tu fais aussi des rencontres inopinées, inattendues. Tu rencontres énormément de profils et attention, il n’y a pas de sous-profil, mais certaines personnes ont une sous-conscience professionnelle peut-être. J’ai déjà personnellement rencontré un type avec le physique et la voix de Renaud, mais il avait 30 ans. Il arrivait éméché, fumait des roulées et balançait des phrases anti-système de manière très aléatoire. Et tout ça sans bosser. C’est marrant au début et ensuite t’as envie de l’emplafonner dans du béton armé.
J’ai rencontré Brigitte aussi, phénomène de campagne, 1m10 sur 1m10, un cube pour ainsi dire, quatre dents au total, un champ lexical limité au même nombre que ses dents, et un besoin permanent voire maladif d’être rassurée sur elle-même et sur la qualité de son travail. Je ne suis pas là pour juger, chacun sa sensibilité, mais disons qu’une personne qui me demande chaque seconde ce qu’on doit faire, si elle le fait bien et si je l’aime bien, le résultat c’est que j’ai très envie de l’emplafonner dans du béton armé. Ah Brigitte, une petite boule de stress avec les capacités cognitives d’une femme de Neandertal. Attention il n’y a pas de sous Brigitte… Impossible vu sa taille.
L’autre problème de l’intérim c’est quoi ? Être payé le 12 de chaque mois. Et c’est parfait puisque le loyer et toutes les charges qu’on se farcit mensuellement sont systématiquement débitées en début de mois. Sachant que les missions ont des durées aléatoires, que tu ne peux pas avoir de situation fixe et que tu es en concurrence avec des centaines d’autres gars, financièrement c’est un peu le saut dans le vide, et tout en bas il y a ta banquière qui t’attend, déguisée en piquet.
Un exemple de mission qui m’a personnellement peu épanoui, Chronopost. Alors pour l’anecdote, impossible d’être raciste à Chronopost. J’étais presque le Eminem local, tous les gars sont sympas, bosseurs et solidaires et j’ai rencontré que des bonnes personnes, à une ou deux exceptions près sinon ça sonne un peu comme le monde des bisounours. Mais le travail en lui-même comment dire, il faut oublier le fait d’avoir été conçu avec un cerveau. Pour moi ça n’a pas été compliqué, mais voilà, balancer des cartons dans un camion pendant cinq heures ça ne te fait progresser dans absolument aucun domaine. Même sportivement pour ceux qui veulent absolument me contredire.
Mais voilà, ne soyons pas médisants, certaines de ces missions m’ont propulsé vers un CDI de commercial ou une carrière marine, et ça c’est pas rien. Puis c’est un poil mieux payé grâce au calcul des congés et des indemnités que je n’ai jamais pris la peine d’observer. Je ne fais donc pas de la publicité pour l’intérim, mais je ne l’anathématise pas non plus (c’était juste pour placer ce mot que je trouve dingue). Bref, je mets de l’eau dans mon vin. C’est un bon tremplin transitoire pour les jeunes et les vieux qui sont fraichement débauchés, c’est utile et nécessaire, mais attendez vous à tout. Et à rien. Mais surtout attendez le 12.
FIN

