Il était fin prêt à aller se coucher. Sa chambre était son havre de paix, sa bulle protectrice. Elle était chaleureuse et il y trouvait absolument tout son confort. Il avait une armoire d’un bois doux et clair, un grand lit à la structure noire et au matelas très moelleux, une étagère murale en escalier remplie de livres en tout genre et un bureau sur lequel il passait tout son temps libre à rêvasser et à s’inventer des scénarios dans lesquels il était toujours le héros. En face de son bureau une grande fenêtre qui donnait sur son quartier pavillonnaire, toujours calme et très fleuri. Il se glissa dans son nid, releva l’épaisse couverture recouverte d’un drap tout propre et se dit alors qu’il n’y avait nulle sensation pareille.
Ses yeux étaient clos, sa chambre silencieuse, tout était parfait. Il entendit alors un bruit, comme si quelque chose entrait en contact avec son rideau. Il se leva et comprit, c’était sa manivelle de store qui balançait et frottait le rideau. Il retourna très rapidement se coucher mais la manivelle de store continuait à se balancer. Soudain, il vit une chose au dessus de la tringle à rideau.
Il fut paralysé. La silhouette d’une dame qui semblait vêtue de blanc redescendit et joua avec la manivelle à nouveau. Il ne distinguait qu’une forme floue mais il était effrayé et n’osait pas bouger. Les pleins phares d’une voiture roulant vers la fenêtre éclairèrent alors brièvement sa chambre et il vit cette dame. Elle était mince, habillée d’un long manteau blanc, et sa tête était horrible. Elle avait un visage tuméfié, émacié, des longs cheveux blancs ébouriffés et des yeux noirs très perçants. Son nez était long, sa bouche très fine et chacune de ses dents était pointue, comme si sa mâchoire n’était constituée que de canines. Elle sourit alors largement et cria « VIENS ICI !! ». Il se recroquevilla dans son lit mais elle souleva la couverture et lui attrapa violemment les bras. Il sentit qu’il chutait comme s’il traversait le sol et tenta de crier, en vain.
Lorsqu’il se réveilla il fut rassuré. Il faisait jour et l’infâme dame blanche avait disparu. Il marchait sur le chemin du collège et rien ne pouvait entraver sa bonne humeur. Il entendit alors un bruit de pas très fort. Puis un autre, et encore un autre. Et soudain, tous les pas se coordonnèrent, comme ceux d’une armée disciplinée. Il regarda partout autour de lui mais ne vit rien. Il continua à marcher et se dit alors qu’il avait la sensation d’oublier quelquechose d’important, mais qu’importe. Il scruta à nouveau les horizons, et il distingua ce qui l’intriguait.
Des formes marchaient vers lui mais leur silhouette était inhabituelle. Des corps normaux mais des têtes bien trop disproportionnées. Il fut tétanisé lorsqu’il les aperçut de plus près. Ces choses étaient des marionnettes avec des têtes énormes et des corps humains adultes. Elles étaient toutes pâles, souriantes et semblaient faites de cire. Leur sourire était exagéré et malsain et tous les regards exorbités étaient dirigés vers lui. Elle se mirent à courir soudainement et il prit la fuite, courant en direction de sa maison. Il courra, paniqué et le cœur battant à mille à l’heure. Mais le chemin ne s’arrêtait jamais. Pire encore, il en était au même point alors que les marionnettes gagnaient du terrain. Il se roula en boule et leur demanda de le laisser tranquille mais elles n’avaient pas envie de l’écouter. Elles couraient encore et encore et il ferma les yeux de toutes ses forces.
Il atterrit alors chez lui, et tenta d’allumer la lumière de sa chambre. Sur l’interrupteur il y avait un petit point lumineux qui s’effaçait quand la vraie lumière était allumée. Mais la lumière restait éteinte et le petit point lumineux continuait à briller. Il pensa à une panne d’électricité et se réfugia dans son lit. Il vérifia préalablement les rideaux mais aucune dame blanche n’y avait élu domicile. Il fut rassuré, et il entendit les bruits de pas s’éloigner puis s’étouffer. Enfin tranquille. Il était convaincu d’avoir oublié quelquechose, mais ne savait toujours pas ce que c’était.
Le point lumineux de l’interrupteur semblait bouger. Il ne voulait pas se lever. Mais ce qu’il vit ne lui donna plus du tout l’envie de le faire. Le point lumineux était un œil, et l’œil « riait ». Un rire machiavélique et strident, qui déclencha soudainement la lumière. Il y avait un clown. Un clown aux vêtements jaunes et amples, et du sang coulait de son nez, de ses yeux, de ses oreilles et de sa bouche. Il haussait les sourcils sans cesse et souriait, le regardant avec insistance. Il se cacha sous sa couverture mais le clown ne voulait pas s’arrêter là. Il s’approchait doucereusement, riant et trainant un objet métallique qui rayait le parquet.
« Debout c’est l’heure de l’école !! ».
Sa mère le sauva et l’extirpa de ce qui fut un très mauvais rêve. il fut soulagé. Qu’est ce que ça voulait dire ? Une dame, des marionnettes et un clown ? Un spectacle de l’horreur qu’il ne voulait jamais revoir de sa vie. Il retrouva la sensation de son lit douillet, s’étira de tout son long et regarda son interrupteur. Il y avait toujours ce point lumineux. Il entendait des bruits de pas mais c’était sans doute ceux de sa mère qui était pressée. Il regarda alors la manivelle de son store, et elle bougeait. Elle bougeait beaucoup trop.
FIN

