Le long chemin mais le court périple qu’est la vie m’a un jour déposé à Dundalk, charmante bourgade du Nord Est de l’Irlande qui s’apparente à n’importe quelle ville proche d’une zone industrielle en France. Pour la comparaison je dirais Morlaix en Bretagne. D’ailleurs en décomposant Morlaix en deux on a une définition claire et précise de l’endroit. Exactement comme à Dundalk.
Mais j’y étais avec un frère d’armes, un frère d’âme plutôt, donc l’expérience était déstabilisante mais drôle. Nous errons souvent quand rien n’a de sens, et nous en trouvons dans le voyage et le changement. C’est du Coelho mais après quatre Ricard.
Comme dans chaque pays où tu migres, il est nécessaire de s’acclimater administrativement parlant et de trouver un logement, et mon duo et moi, habituellement vêtus de la guenille de la poisse, nous eûmes ce jour là une chance légendaire, et nous trouvâmes assez rapidement.
En effet le tenant du Airbnb dans lequel nous logions les premières nuits nous proposa dans la foulée un de ses propres logements, et nous acceptions sans broncher, le vieil homme étant fort sympathique sans pour autant être avenant. Il m’a d’ailleurs mis le vent de l’histoire. On était en bagnole avec mon pote et il nous conduisait au logement, j’essayai d’ouvrir la brèche conversationnelle en parlant sûrement de climat et je l’ai vu dans le rétro intérieur, totalement impassible, n’ayant pas écouté un seul mot et les mains fermement installées sur le volant. Classe et humiliant.
Dundalk est moche certes, mais la place du centre-ville est très jolie. Dundalk c’est comme une couille de Mammouth, la récompense est au centre. L’atmosphère était grisâtre, la pluie omniprésente, mais il y avait de quoi s’occuper : boxe, cinéma, foot, bars, pubs, épicerie pour acheter de l’alcool, et même une fête foraine qui fut probablement notre meilleur souvenir. Mais aussi une journée enneigée qui amena de la clarté et de la fraicheur. Je fais un peu trop souvent ma confession de mauvaise foi.
Mais revenons en à l’attraction principale, notre maison.
Comment dire, nous n’avions pas idée de ce qui nous attendait. Et la surprise fut de taille. La maison était d’un banal architectural presque décevant, agglutinée à d’autres maisons du même genre dans une petite ruelle étroite. Mais cette maison n’était pas comme les autres. En matière de colorimétrie.
La maison dans laquelle nous allions loger, mon pote et moi, était rose.
Evidemment, on a directement vu le côté rock’n’roll, LA maison rose, ça sort du lot, ça casse les codes ! Mais une fois dedans nous pensâmes à l’autre analyse.
Deux hommes trentenaires dans une maison rose, qu’est ce que ça pourrait inspirer ? Je ne voudrais pas me mettre à dos les hommes en coloc qui ont des maisons roses, mais disons que notre hétéro-virilité a pris un petit coup dans le muscle, et même avec tout le recul du monde, on se disait que chaque personne de la ville nous voyait comme les deux fofolles ambulantes.
Pas de relent homophobe dans cette histoire, puis pour la petite anecdote j’ai déjà bossé dans le Marais donc ça m’exonère de tout jugement de valeur. Après tout on était peut-être les premiers à déconstruire le mythe de la couleur du genre !
Hélas non, la seule chose que ce rose nous inspira, c’est ce petit rayon de joie qui tentait d’éclairer l’ombre qui ne se dissipait jamais dans cette ville presque sinistre. Et le bleu, nous l’avions peu dans les cieux.
Si vous allez à Dundalk un jour, allez voir la maison rose. Deux légendes françaises y vécurent, et deux légendes hétérosexuelles, commencez pas, non je ne me justifie pas, je, bon.
FIN

