Nos vies n’en seraient pas sans l’existence des autres, et il y a des rencontres qui façonnent à elles seules des souvenirs et des enseignements éternels.
J’aimerais parler de toi Estelle, et de la merveilleuse femme que tu étais. Au moment où j’écris ces mots tu n’es plus, et il m’est impossible de le comprendre ni de le réaliser. Comme à peu près chaque mort je présume sans vouloir être moqueur, en tout cas celles qui comptent et prennent une lourde place dans nos cœurs.
Je ne suis pas de ceux qui s’emparent d’un décès pour exhiber des larmes, Dieu sait que tu aurais détesté, mais je me sentais obligé de les faire sécher à travers ces mots qui sont mes seules armes.
La vie est un jardin qu’on entretient en permanence, et même si tu n’étais pas la plus proche tu étais importante, j’ai la sensation d’avoir perdu une parcelle fleurie, un endroit où je ne pourrais plus rien cueillir mais un endroit où je serais uniquement forcé de me recueillir.
Tu ne t’en rendais probablement pas compte mais tu m’as appris beaucoup de choses, tu m’as donné des bouts d’argile qui ont quelque peu modelé ma personnalité : ce n’est pas si grave d’être seul contre le monde, c’est toujours vital d’être honnête et putain ce que c’est nécessaire de rire.
Ton rire était un cadeau, une bombe de bonheur qui déclenchait celui des autres à son explosion, chacun de tes passages était ensoleillé, une véritable bouffée de chaleur, et je n’utilise certainement pas les bons champs lexicaux mais tu l’aurais accepté et tu aurais relancé la mise juste à temps, tu faisais partie de ces rares personnes qui me font rire et qui acceptent mon humour parfois insistant.
Tu étais profondément intelligente, curieuse, et d’une franchise implacable. Tout ça couronné d’une gentillesse et d’une douceur rassurantes. Une reine parmi les reines. En plus d’être drôlement belle, bon, calme toi de là où tu es, je ne suis pas tombé amoureux, mais par contre j’ai trébuché du cœur, j’étais sous le charme de tes valeurs, et j’aurais adoré t’avoir beaucoup plus longtemps comme amie, beaucoup plus longtemps dans ma vie.
Tu étais tout ce que je désire d’une amitié : rigoler à mes vannes et remettre mon égo en place. Tu étais tout simplement une incroyable mère et une incroyable femme. La Terre perd un être cher, le monde perd une de ses plus belles âmes.
Que ton rire fasse trembler de joie le paradis, toi non plus tu ne comprendras pas, tu ne réaliseras pas, à quel point tu comptais dans nos vies.
La nouvelle m’est parvenue, et je regrette de ne pas t’avoir assez vue, je regrette nos moments complotistes où l’on passait tout ce monde en revue.
Tu brillais de mille feux radieux à chacune de tes venues, Estelle, tu étais presque une étoile mais tu l’es hélas vraiment devenue.
FIN

