A la suite du programme qu’on appelle « vie », que se passe t-il ?
A bien des égards, le post mortem inquiète et intrigue. Ou n’est que pensée infime.
Cette question a trotté et s’est baladée dans tous les esprits, un peu comme la question de l’œuf ou la poule, ou encore la question suivante : est-ce qu’on met le lait avant ou après le dentifrice ?
Ironiquement personne n’a la réponse, absolument personne ne l’aura, et jamais personne ne l’a eue.
Il en découle des raisonnements fantasmagoriques, et d’autres bien plus terre à terre. Pour certains c’est une véritable hantise, pour d’autres c’est un soulagement.
C’est une suite logique, pourtant sujette à tant d’imagination. Paradoxalement, c’est notre raison de vivre, mais c’est aussi ce qui nous en éloigne le plus, puisque c’en est la fin.
On a beau être rationnel et cartésien, il est dur de s’imaginer qu’on disparaît totalement à notre mort, que l’on s’oublie, nous et notre conscience. Mais est-ce que la mort n’est pas juste un coma infini ? Après tout parfois quand on dort on ne rêve pas, ou en tout cas on ne s’en rappelle pas, peut-être que finalement c’est ça la mort ? Une inconscience et un oubli, ad vitam æternam ?
Dans les mœurs et les écrits religieux, ce qui nous attend après le trépas c’est l’enfer ou le paradis. Assez vulgairement, tu t’es bien comporté : t’obtiens un fastpass pour le paradis, tu loues un immense Airbnb gratuit dans les nuages, tu passes ton temps à boire de l’Evian céleste et à manger les meilleurs plats français (ce qui est un pléonasme). Tu t’es mal comporté : autoroute A6 vers l’enfer en trottinette électrique, tu manges des choux de Bruxelles à l’infini, des démons te torturent avec des critériums enflammés et tu dois écouter du Zaz vitesse 0.5 en boucle.
Chacun son idée de l’enfer ou du paradis, qu’elle soit puérile ou non.
Mais le problème qui repousse cette binarité c’est qu’on s’est tous plus ou moins bien comportés, donc on devrait considérer l’existence d’un troisième endroit un peu plus neutre, où il ne se passe pas grand-chose. Rester assis dans une chambre sans rien faire par exemple. L’adolescence donc.
Dans d’autres religions et courants de pensée on parle de réincarnation. Tu transposes ton corps de lâche dans un autre corps organique. Plausible quand on sait que beaucoup de gens sont déjà considérés comme des animaux dans la vie. Les moutons pour les suiveurs, les pigeons pour les naïfs. Les rats pour les radins, les anémones pour les chômeurs récidivistes : aucun mouvement, sauf si nécessité. Très statiques et peu ambitieux. Attention je dis ça en tant qu’ex chômeur, je ne voudrais pas aller en enfer pour avoir proféré de telles déclarations. Puis s’il faut encore bosser en enfer, non merci.
On peut également envisager l’idée un peu moins excitante de la réincarnation en plante, comme un ficus ou une tulipe par exemple. Et c’est hélas ce qu’il y a de moins éloigné de la vérité, vu qu’on va tous pourrir, et nourrir à notre tour la terre qui nous a elle-même nourrit. On est du terreau ou de l’engrais quoi. Qui vous dit que vous n’allez pas vous retrouver en promo chez Jardiland dans 80 ans ?
Les athées et les personnes scientifiques qui ne sont ni croyantes ni agnostiques ont tendance à être plus fermes sur ce sujet, à tort ou à raison, et estiment avec simplicité et détermination qu’il n’y a rien ensuite, plus rien du tout.
L’Après est une des plus grandes interrogations humaines qui a vu naitre des théories crédibles ou farfelues selon notre ouverture d’esprit, comme la théorie de la lumière plein phares au bout du tunnel ou celle de l’âme qui pèse 21 grammes et qui s’envole à la mort. On peut donc affirmer avec justesse que les roux pèsent 21 grammes de moins que nous.
Notre ignorance nous jette pieds et poings liés dans la caverne de Platon, et seule la mort nous en libérera, emmenant avec nous le secret si bien défendu.
La mort nous pousse à vivre sans regrets, nous n’avons pas de deuxième chance, pas de jeton à remettre dans la machine, pas de saison 2. Nous avons un seul passage sur scène, avec le monde entier comme public, alors mieux vaut tout donner, peu importe l’impression qu’on fait à leurs yeux. Ce qui compte c’est notre impression à nous. La mort a bien plus d’impact que la vie, puisqu’elle lui donne presque naissance.
Mais si après la mort, il y avait vraiment autre chose ?
Errer en fantôme dans notre dernière maison, raviver des objets inanimés, se manifester un peu partout sans raison… Pour l’aspect horrifique, métaphysique et spirituel.
Ou si en fait, on devait tout recommencer, mais dans une autre époque, et à un autre endroit ? D’où ces sensations de déjà-vu, qui sont liées à l’inconscient. Pour l’aspect spatio-temporel.
Vu l’immensité de la galaxie, qui nous dit qu’on ne va pas devenir poussière d’étoiles, poussière qui va se poser sur une autre planète, donner vie à un organisme, qui deviendra quelque chose ou quelqu’un ? Et ainsi faire éclore une nouvelle évolution, qu’on espère un peu moins vicieuse que l’être humain ?
Et si tout n’était qu’une simulation géante ? Nous téléguidons notre corps avec notre conscience, et une fois le corps en bout de course, nous découvrons notre véritable forme, une enveloppe, une lumière : notre âme ?
On parle d’être six pieds sous terre quand la mort nous embarque, peut-être que l’Après se situe dans les profonds souterrains de la terre ? Tant de questions pour une seule réponse : il n’y en a pas.
Après tout, peut-être qu’on est déjà morts et qu’on ne le sait pas, et peut-être qu’on est tous confronté à l’éternité, avec ou sans la foi.
Cette propension à se projeter vers la fin peut en effrayer plus d’un ou au contraire en motiver bien d’autres, mais à mon humble avis la paix d’esprit se trouve très certainement dans la symbiose entre la vie et la mort, et l’acceptation de cette dernière.
Acceptez vous de prendre la vie pour épouse, jusqu’à ce que la mort vous en sépare ?
FIN

