Et chaque journée ressemblait à sa devancière. Il passait, repassait, aspirait les vestiges futiles de ces dernières, et aujourd’hui se confondait éternellement avec hier. Mais hélas, il n’aspirait pas seulement ce qui était nécessaire.
Il aspirait bien d’autres choses. Il aspirait un peu trop d’ailleurs. Il en était venu à aspirer les ambitions et les peurs, même les aspirations et la folie des cœurs. Pour lui tout n’était que poussière, tout semblait pareil. Les émotions ? Des déchets. Les inquiétudes ? De la saleté. Il aspirait les moutons qui pourtant auraient pu aider les autres à s’endormir, il n’avait cure de leur présence qui n’était que pollution dans sa ligne de mire.
Meubler les conversations, non, aspirer l’air lui-même pour que le silence s’abatte. Imposer son humeur bruyante et ne plus avoir personne dans les pattes. Sa condition était après tout la pire. Il devait rendre propre un monde toujours plus sali, toujours prêt à l’empêcher de rire.
Alors il aspirait, il aspirait, et qu’importe les besoins des uns, les sentiments des autres. Qui s’occupait des siens ? Il était un prophète qui rejetait tout apôtre.
De ces interminables journées était née sa légendaire mauvaise humeur, il râlait, il râlait, c’en était devenu le bruit de son moteur. Nul sol ne se dérobait sous ses pieds, nulle étagère n’échappait à son terrible nez. De toute les manières, il allait râler de bon cœur.
Mais celle qui lui donnait l’énergie, la force et l’inspiration de se déplacer, l’entendait vider son sac du matin au soir, peut-être qu’elle n’aspirait plus à cette vie, peut-être qu’elle n’avait plus d’espoir, à force d’être lassée par ce trou noir déguisé en désespoir.
Et si elle était prise d’une envie d’adieu, il ne râlerait donc plus ? Et alors il comprit, que dans son cœur il avait bien trop plu. l’aspirâleur avait aspiré sa propre vertu, et avait failli perdre, celle qui s’était éprise et mise à nue.
Demain il s’occupera des détritus qu’il a laissé trainé derrière lui, il ne râlera plus contre ceux qui comme les autres subissent le jour et la nuit, et surtout contre celle qui d’un fil le maintient en vie.
FIN

