Je n’ai jamais eu le temps ni la patience pour être un bon cuisinier. Encore moins la créativité. J’ai souvent acheté des cordons bleus, et l’adage dit que vous êtes ce que vous mangez, mais je ne suis pas un cordon bleu. Par contre je suis une quiche, mais c’est ça c’est un autre adage.
Certains et certaines diront, avec leur mauvaise langue bien pendue, que tout le monde peut cuisiner. Tout le monde peut aussi affronter un lion en duel, mais peu le font. D’ailleurs personne ne le fait je crois. Très mauvaise comparaison, et d’ailleurs j’imagine que si l’on donne un couteau à un lion il saurait mieux cuisiner que moi. Ou alors il disposerait d’une arme supplémentaire pour me déchiqueter ma grosse race.
Bref, il fut un temps où je me frottais aux courbes de la précarité, comme dans la chanson d’Aznavour mais sans son immense talent, et je lorgnais un frigo presque vide. J’avais du riz, des œufs durs, de la sauce soja, du beurre. Dans le congélateur j’avais de la citronnelle (dont je ne m’étais jamais servi) et des glaçons (dont je ne me suis pas servi). Dans l’épicier j’avais de l’origan, du poivre et du miel. J’avais très faim et je décidais donc par pure logique de tout mélanger façon Mister Cocktail.
Ca n’a pas l’air immonde comme plat, mais détrompez vous et modérez votre opinion. Et ceux qui trouvent que ça a l’air immonde comme plat, vous avez raison.
La magie opère. Je me sens comme dans Ratatouille sauf que c’est un ragondin qui est dans la toque, il est aveugle, bourré et surtout il est totalement imaginaire. Je mélange tous les ingrédients que j’ai précédemment cités, je fais cuire à la va-vite comme si ma survie en dépendait et je prépare cette mixture que j’espère salvatrice étant donné les bruits caverneux de mon ventre capricieux. Et ensuite, je m’assois devant ce chef d’œuvre inversé.
Oui je m’assois devant ce saladier qui dégage une odeur que même le mot nauséabond n’aurait suffit à décrire. J’ai goûté une cuillerée, une seule. Et croyez moi j’avais faim. Vous allez me tomber dessus, mais je n’ai jamais été aussi rapide pour jeter tout un plat dans le sac poubelle de 50 litres (qui n’en faisait donc plus que 2). Et non, je n’aurais pas eu l’indécence de partager ce plat à des gens démunis, par respect pour leur palais voire même pour leur instinct de survie.
Ce plat était directement sorti des entrailles de l’enfer, avec l’approbation de Lucifer, le mélange déchu.
J’ai laissé tombé la cuisine, et je suis désormais chirurgien. Mais le problème c’est que je mélange tous les outils…
FIN
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