Le rite de passage. C’était l’évènement le plus important de la vie d’une mouche, et il en était conscient. Jean-Mouchel était une mouche volontaire, dynamique et consciencieuse. Il était apprécié de tous et de toutes. Il habitait comme toutes les autres mouches à Moucheland, une vaste déchetterie à l’odeur délicieusement nauséabonde. La veille de son rite Jean-Mouchel fut stressé, et il en parla à son meilleur ami Jean-Mouchel. Les mouches s’appellent toutes Jean-Mouchel mais chacune peut se reconnaitre grâce à un bourdonnement qui leur est propre. Par exemple Jean-Mouchel produit un « bzZz » tandis que Jean-Mouchel va plutôt avoir tendance à produire un « BzzzZ » ce qui n’a plus rien à voir.
Jean-Mouchel discute donc avec Jean-Mouchel près de leur spot préféré, une banane en décomposition.
- « Ca me fait vraiment peur, le rite de passage est tellement dur »
- « Oui c’est sûr mais faut que tu te détendes les ailes mon gros »
- « Facile pour toi, t’es déjà dans la merde »
Chez les mouches, être dans la merde est un haut fait et le signe d’une réputation sociale très élevée. Chaque mouche peut se spécialiser dans un domaine comme le fruit, le fromage ou la viande mais la mouche de merde représente l’élite de la nation des mouches.
- « Alors oui mais j’ai bossé dur pour arriver dans cette merde »
- « Je sais excuse moi je suis dans tous mes états »
- « Ecoute Jean-Mouchel tout ce que je peux te proposer c’est d’aller chasser une bonne bouse »
- « Allez c’est parti »
Les deux amouches (des amis mouches pour les amateurs de jeux de mots) zigzaguèrent à la recherche d’une bouse de chien, leur préférée, et ils en trouvèrent une assez rapidement grâce à leur radar à déjections. Il faut savoir que les mouches sont toutes équipées d’un traceur GPS, et elles repèrent la moindre odeur grâce à l’application Google Shit. C’était la bouse d’un labrador un peu malade, et les deux Jean-Mouchel ne pouvaient rêver mieux. Ils plantèrent leur trompe respective et se délectèrent de ce sublime cocktail aux grumeaux plus qu’appétissants.
- « T’as vu Jean-Mouchel est mort »
- « Bah ouais pourtant il avait l’air bien dans sa famille d’adoption »
- « Les humains ils sont trop grands et joyeux ils font pas exprès de nous tuer »
- « Je sais bien, les pauvres »
Les mouches devaient choisir une famille d’adoption, c’était leur première étape pour devenir utiles à la société des mouches et signaler la présence d’offrandes et de nourritures que les humains donnaient généreusement. Ensuite elles devaient se confronter au rite de passage qui leur conférait le statut ultime, celui de mouche de merde à la con. Jean-Mouchel était une mouche à la con, et son meilleur ami avait le statut ultime de mouche de merde à la con. Il ne s’en vantait pas pour autant, étant très loyal et respectueux envers son ami.
- « Tu peux me réexpliquer rapidement stp ? »
- « BzzZz, bzzzZZ, bzz »
- « D’accord… Mais parle français par contre »
- « Il faut qu’on t’entende voler comme une mouche et que tu fasses mouche, c’est tout ! »
- « Tu m’énerves à être aussi condescendant »
- « Mais bon sang quel humain t’a piqué tu es insupportable, ressaissis-toi »
- « Oui pardon… »
- « Allez prenons ce mouchoir et dormons »
Ils arrêtèrent la discussion, se mirent dans le mouchoir (un lit pour mouches) et firent une sieste de 10 minutes, ce qui pour les mouches correspondait à une nuit de sommeil complète pour les humains. Jean-Mouchel se dirigea vers sa maison d’adoption, une famille de quatre humains géniaux, et il se positionna.
Le rite de passage était simple : se diriger vers la fenêtre et se cogner le plus de fois possible pour qu’un des humains accorde le statut ultime. Jean-Mouchel vrombit, mais n’arriva pas à se cogner. Il volait trop bien. Il accéléra le plus vite possible, fonça vers la fenêtre mais il dérapait au dernier moment et tournait autour de la fenêtre. Il était désespéré. Il ne serait jamais une mouche de merde à la con. L’un des humains s’écria alors « Putain de mouche !! ». Il mit un revers de main dans les airs et Jean-Mouchel fut éjecté dehors.
Il se rendit alors au conseil des mouches, dirigé par Ron, Mouche-Ron, le roi des mouches. Et le seul qui avait un autre prénom du coup. Il lui raconta la situation. Celui-ci fut mouche bée. Ca n’arrivait que très rarement mais être affublé du statut de putain de mouche était considéré comme un statut unique, qui surpassait celui des mouches de merde à la con. Une mouche qui contrôlait la colère des fenêtres. Jean-Mouchel fut ravi, il sauta de joie, rejoignit son meilleur ami et ce dernier le félicita joyeusement.
- « Bien joué, bon t’es chaud pour aller à la Guêpe-ride ? »
- « Tu es homouchexuel ??? »
- « Depuis le début »
Ils se mirent ensemble et purent féconder 12000 fois les femelles qui leur étaient promises. Ils vécurent heureux et furent grave dans la merde.
FIN


