Partagez une leçon que vous auriez aimé apprendre plus tôt dans votre vie.
J’aurais aimé comprendre bien plus tôt qu’il ne faut jamais vivre au dessus de ses moyens.
Beaucoup diront que c’est d’un banal presque affligeant, d’autres diront que c’est d’une puérilité quasi navrante, mais pour moi l’argent est un véritable ennemi juré, c’est d’ailleurs mon plus grand némésis. J’ai connu peu de victoires et nombre d’amères défaites, et dans ces batailles je suis devenu malgré moi l’antithèse du radin et de Crésus.
« Il ne faut pas jouer les riches quand on a pas le sou », Jacques l’a dit, et j’aurais dû l’écouter car Jacques a dit et Jacques avait raison.
Ce n’est pas que j’ai vécu au dessus de mes moyens, c’est que je les ai carrément survolés comme un gros sagouin. En faisant coucou du hublot, passant joyeusement au dessus de la couche nuageuse des prolos.
Admettons que mes moyens soient dans une pièce, et que cette pièce n’a pas de plafond. Mes moyens ont des ailes, et ils volettent joyeusement mais modérément, ils connaissent leurs limites. Et là moi j’arrive, j’ai un jet-pack sous coke, deux moteurs de fusée Arianne et une Red Bull goût pastèque enflammée, et je dépasse mes moyens en leur faisant des gros doigts. Puis parfois je passe en dessous pour les narguer, façon limbo.
Vous voyez le limbo ? C’est être en dessous, moi j’ai dansé le lambo. C’est quand tu sautes carrément par dessus la barre et que t’en as plus rien à foutre des règles, tu veux juste frimer et flamber à Monaco. Mais bon, là je viens juste de résumer le concept du saut à la perche.
Vous voyez le saut à la perche ? Armand Duplantis ? Voilà, la perche c’est mon oniomanie, Armand Duplantis c’est moi (mais en mieux et en Suédois), et la barre à atteindre c’est mes moyens. Métaphoriquement oui on pourrait dire que je plaçais la barre très haute en termes de moyens, mais je n’avais pas les moyens de m’acheter cette barre donc ce n’était pas ce qu’on appelle un plan très malin.
C’est con d’appeler les moyens des moyens, puisque quand on a pas de moyens on a peu ou rien donc on est en dessous de ces moyens, et quand on a les moyens on a tout, on est au dessus, on est tout sauf moyens. Seuls les vrais moyens ont des moyens moyens. Qu’est ce que je disais ?
Jadis, mais pas un jadis lointain, un jadis récent, jeudi donc, j’ai chanté les louanges du consumérisme, je n’ai tari d’aucune éloge à l’égard du capitalisme, je me suis découvert une passion pour l’achat façon buffet à volonté, je me suis payé des tranches de confort dans ce gâteau de société.
La carte est bleue l’est devenue à force d’être violentée, le compte en banque est devenu compte en manque et le RIB a fini au barbecue d’été. J’avais deux nouveaux parents, la mère crédit et le père débit. J’étais empreint de pauvreté à un taux d’intérêt (et de dommages) très élevés.
Après tout on paie les conséquences de nos actes, et rien que dans l’expression, le mot payer assoit une dominance inégalée. J’ai voulu profiter, être un millionnaire à peu de choses prêt (l’orthographe est bonne), je n’ai pas été assez économe, j’ai plutôt été gros couteau à découper, mais trêve d’auto-critique, appelons ça de l’auto générosité pas du tout maitrisée. Dans une époque où dépenser c’est être, j’ai voulu devenir et je me suis trompé d’identité.
Il est désormais temps de rendre à César ce que je lui ai emprunté. Et sur la biscotte financière, étaler minutieusement le beurre de précarité. La bourse ou la vie ? J’ai n’ai plus le choix, je dois rembourser la vie.
FIN

