Jacquie Esses est habité par une maladie très rare, maladie qui le ronge quotidiennement et qu’il est hélas impossible de soigner. Cette abomination vicieuse et pernicieuse est plus communément appelée « empathie ». Un nom qui fait frémir rien qu’à l’entendre, et qui plonge ses porteurs dans une foudroyante apathie. Les symptômes sont nombreux : Jacquie se met sans cesse à la place des personnes qui l’entourent, essaie avec force et conviction de comprendre ce qui ne va pas ou ce qui pourrait ne pas aller, tente sans relâche d’apporter son aide et son expérience tout en se projetant dans la vie, les émotions et les sentiments des autres. Il est contraint d’être attentif aux attentes de son entourage, contraint d’être disposé à répondre à leurs besoins, en apportant des mots aux maux, de l’intérêt aux dommages, sans jamais se mettre en avant. Effrayant. Le témoignage de sa mère, Mme Anne Esses, est poignant : « Je ne peux rien faire, il en pâtit tellement, c’est horrible de le voir ainsi, c’est horrible d’être impuissante face à ce désastre… Comme si on avait besoin les uns des autres… C’est une véritable torture ». De nombreux scientifiques et médecins se penchent sur la question et essayent de dénicher la cure des miracles contre ce qu’ils appellent le poison social, ou plus récemment le cas chaos. Car la maladie évolue. Et les stades suivants sont bien pires. A titre d’exemple, le malade sera capable de trouver des terrains d’écoute à défaut de trouver des terrains d’entente, de privilégier le « toi-tu » au « moi-je », d’assimiler le fait que les croyances peuvent différer selon l’individu voire même d’user de critiques constructives plutôt que d’abuser de nos bons vieux blâmes. De quoi faire froid dans le dos. Il ne reste donc plus qu’à espérer qu’une épidémie ne vienne pas frapper à nos portes…
Ugo Desbouis

