Je vilipende toute cette pauvreté, ce monde tiré par le bas. Au sommet de l’embonpoint, je n’ai que faire de cette fourmilière, tous ces ouvriers et soldats qui se tuent à la tâche pour une Reine illusoire. L’abondance est l’un de mes nombreux apanages, et je ne ressens aucun tracas à jouir de quelques suffisances qui en feraient fantasmer d’autres. C’est la filiation qui a fait de moi un mortel s’étanchant à la fontaine même de la jouvence. L’idée du partage ne m’a jamais été enseignée, celle du communautarisme je l’ai allègrement éludée. Nous sommes l’argent que nous avons. Ils passent leur temps à récriminer l’élite, à geindre et se morfondre dans leur misère. Ces pleurs m’insupportent, pourquoi les épaulerai-je ? Quelles pareilles me rendraient-ils en échange ? Que l’on ne me parle pas d’humanité, de bonhomie, ils me décimeraient s’ils en avaient les sombres moyens. Je vis dans l’autarcie, ils survivent dans l’anarchie. Toute harmonie est impossible, la frontière est naturelle entre le prédateur et la proie. Ce n’est aucunement de l’égoïsme, mais ni plus ni moins qu’une protection de mes récoltes, si savamment cultivées…
Ugo DESBOUIS

