Ah l’adolescence, la découverte d’énormément de fourbis, que ce soit nos compétences ou nos limites. Parfois tout en même temps. Et parfois à l’aide des personnes qui nous sont les plus proches, j’ai nommé : la famille.
Ma sœur et moi étions des ados plutôt solitaires, mais nous n’excluions pas la possibilité de jouer ensemble et de mettre de l’huile dans les rouages de la fraternité, même si ça pouvait parfois tourner au vinaigre. Subséquemment un jour nous décidâmes au grand dam de nos peurs de faire du skate, qui était la mode de l’époque, avec les rollers et la joie de vivre.
J’étais Tony Hawk l’espace de quelques secondes. Tony Ok dirons nous. Nous habitions dans la banlieue parisienne, l’Essonne pour être plus précis, dans une bourgade fleurie et paisible. Notre résidence nous offrait la possibilité de tourner autour d’un parking en plein air, plutôt bien sécurisé, mais il y avait un endroit un peu plus dangereux que les autres.
Il s’agissait d’une pente inclinée à 45% (je n’y connais rien en pourcentage de pente donc calmez vous les pentologues), qui donnait sur une route très fréquentée. Et évidemment, quoi de plus excitant que d’affronter un danger à cet âge là ? Toujours la boule au ventre, ma sœur et moi nous lancions, et nous dévalions cette pente, en nous précipitant de freiner et de tourner avant d’arriver sur cette fameuse sortie de parking.
Mais ce danger n’était pas suffisant. Il nous fallait plus d’adrénaline, plus de fast&furious. Et ma sœur eût la brillante, que dis-je, l’éclatante idée de partager le skate pour descendre. Comme dans Titanic, mais sans le paquebot, sans l’iceberg et sans l’inceste puisqu’encore une fois je le précise, c’est ma sœur. On se place en haut de la pente, ma sœur se met derrière, je me mets donc très logiquement devant pour ceux qui n’arrivent pas à suivre, et la folle descente peut commencer.
Au début tout se passe bien, quand je dis au début je parle de la première seconde, car dès la deuxième on tombe tous les deux, pour ma part sur le ventre comme un surfeur qui se prépare à affronter une vague, et mon bras gauche frotte allègrement le sol. Ma sœur elle, se paie le luxe de tomber sur moi-même, considérant sans doute que je suis un genre de matelas, et avec son poids respectable mais existant, elle appuie sur mon bras qui râpait déjà bien le sol.
Mon bras se gruyèrise jusqu’à la fin de la descente, je crie, je pisse le sang, ma sœur est morte de rire et moi, tel un guerrier Viking, je m’arrache le bras et regarde le ciel, implorant Odin de m’envoyer au Valhalla. Evidemment je ne fais pas ça, il n’y a pas de Viking dans l’Essonne, mais je souffre et j’essaie tant bien que mal de garder bonne figure.
Ma mère me soigne, ma sœur ricane encore et n’ayant aucune rancune je décide de ne pas me venger. En tout cas pas volontairement. Car quelques mois plus tard, ma sœur et moi faisions du roller sur le parking du Macdo (petit attachement à tout ce qui est parking dans la famille on dirait), et alors que je fonçais à vive allure, c’est à dire à 0,7 km/h, ma sœur me surveille instinct de protectrice oblige et perd le contrôle, elle se prend alors un dos-d’âne et tombe sur le bras elle aussi. Sauf qu’elle tombe tellement fort que son coude casse littéralement et qu’elle est envoyée illico à l’hosto. Soignée par un médecin dont le nom était Mr Razalondralavidrazana. J’ai d’abord cru à une incantation vaudou ou à un mot compte quintuple au Scrabble mais non, j’étais simplement raciste. En tout cas il a sauvé le coude de ma sœur, après cette grosse gamelle qu’elle a essuyé par ma faute.
Certains diront le karma, mais moi je n’y crois pas. Ma sœur est tombée pour me montrer que je n’étais pas le seul à pouvoir le faire. Et ça c’est beau. Mais c’est totalement faux, essuyez immédiatement vos larmes.
L’important c’est pas la chute, c’est la manière de tomber.
FIN

