Inventez un jour férié ! Expliquez comment et pourquoi tout le monde devrait le célébrer.

Bien que nous soyons tous chaleureusement gratifiés de quelques jours fériés dans l’année, nous en méritons un de plus, qui soit plus personnel qu’historique.

Ce jour férié, on l’intitulerait JDMACD. Le Jour De Merde A Chute Drôle. En effet même si les jours agréables existent les jours de merde sont légion, les jours dont les chutes sont drôles sont un peu plus rares, mais les jours qui cumulent les deux sont presque sacrés.

Laissez moi vous conter un des miens, celui dont je me souviens :

C’était un mercredi, le milieu de la semaine qui te rappelle qu’il te reste deux jours à tirer, si tu es positif c’est une ligne droite à terminer, si tu es négatif c’est un calvaire à endurer.

Pour remettre le contexte au milieu du village il faut savoir que j’étais dans le milieu de la démolition dont je parlerai dans un autre texte, heureux comme Ulysse, prêt à démolir des maisons, immeubles et autres vestiges du passé. Mais j’ai fini comme Prométhée. Enfin, pas loin. Le lundi de cette même semaine tout allait bien, mais dès le mardi je fus envoyé en sciage, ce qui est une toute autre histoire. Pour résumer grossièrement un mec scie et moi j’attends. Et attendre ça ne fait pas partie de mon éventail de compétences, c’est plutôt du genre à créer un gros courant d’air de désespérance.

Le mercredi donc je ne suis pas des plus joviaux, comme je vous le disais précédemment j’attends, et dites vous qu’on a du attendre en plus de l’attente prévue car l’endroit dans lequel je devais attendre nous a lui aussi fait attendre un peu plus. Le repas fut très court, peu copieux et pas très bon, et ça pour un français c’est une abomination. De quoi doubler mon mécontentement.

Après un repas moyennement mérité on repart pour la mission de sciage, et pendant le trajet, pianotant sur mon iPhone, je vois qu’il y a une mise à jour des conditions à faire. Ni une ni deux je la fais sans savoir ni comprendre ce que ça implique, des mises à jour il y en a tout le temps, et là patatrac, la journée bascule dans un mélodrame insoutenable. Mes notes, donc mon plus précieux allié, ont disparues. Je fais quelques manipulations, la moitié des notes revient mais l’autre moitié s’est volatilisée, sans raison. Je suis désemparé et mon binôme scieur tente de me réconforter comme il peut, mais hélas on ne peut pas scier le désespoir en deux.

J’appelle le service client qui se trouve dans l’incapacité de m’aider mais me propose non sans malice de faire une autre mise à jour, et mon portable décide impunément de purger d’une seule traite le reste de batterie en début d’après-midi, ce qui n’est pas si grave mais dans le cas présent augmente mon stress et mon attente qui, comme vous le savez déjà, était très haute sur l’échelle des attentes.

En rentrant enfin je me précipite pour charger le téléphone, faire la nouvelle mise à jour foutu pour foutu en ayant préalablement sauvegardé les restes de mes écrits, être à nouveau bredouille et appeler une nouvelle fois le service client Apple, ayant une profonde aversion pour les conversations téléphoniques et sachant que le réseau chez moi sature énormément. Je patiente, passablement, et une opératrice me répond.

Lumière dans l’ombre, chaleur en hiver, glace en été. D’un seul coup la journée fut beaucoup plus légère, ainsi que la colère. Cette opératrice était Québécoise. Attention aucune moquerie, juste un bonheur malencontreux et insolent. Déjà que mes problèmes n’étaient pas si grave avec du recul, cette femme les a quasiment éclipsés. Cet accent est un cadeau du ciel et je tiens à remercier ce peuple pour leur façon de déformer le français, parce que ça peut égayer les mauvaises et les pires journées.

Mais ce n’est pas le plus drôle. Cette douce femme a pris le contrôle de mon cellulaire pour tenter de solutionner le problème, on a ouvert ensemble les onglets internet et là patatrac 2, elle tombe sur l’historique (assez) récent : oui oui Messieurs Dames, du contenu à caractère raieducatif (je vous laisse vous débrouiller avec ce mot). Je suis un homme, j’ai mes faiblesses et mes lacunes corporelles. Je parle bien d’une page Wikipedia sur le déterminisme social. Le silence a duré une seconde mais cette seconde a duré une éternité. Puis le dialogue s’est poliment conclu, moi par la honte et elle très certainement par l’esclaffement.

Après tout la vie c’est une journée, bonne et mauvaise, et la chute est presque drôle car on vit tous la même. Tout ce que j’espère c’est que la mort a un accent Québécois et qu’elle me dira : « crisse de tabarnak de saint-ciboire de saint-sacrament de câlice d’ostie de colon, fin du game pour toi lo ! ». Puis qu’elle me montrera une vidéo porno d’un ange qui jouerait le rôle de la belle mère d’un démon (sous-titrée en québécois), parceque même le désir le plus profond c’est drôle. Ok je suis un peu parti en couilles là.

FIN



Laisser un commentaire