Timidéité

La végétation abondait dans ce chemin sinueux. Elle était luxuriante et bariolée.

Mais plus il avançait, plus elle devenait terne, et pauvre. Les fleurs aux couleurs vives laissaient place à des fougères dont les feuilles étaient trop lourdes à porter, et les arbustes aux milles fruits cédaient le pas à des haies, disciplinées, droites et fades.

Le chemin montait et ne s’arrêtait pas. Auparavant solide et caillouteux il devenait boueux et difficile, et le jeune homme sentait ses forces s’amenuiser. Mais il fallait qu’il y arrive, et sa détermination ne s’était pas érodée.

Les quelques animaux errants dans les sentiers fuyaient le passage de l’aventurier, tous paniqués à l’idée de croiser cet humain pourtant pugnace et intrépide.

Plus que quelques pas le séparaient de l’immense porte qui se dressait devant lui. Elle était gargantuesque. Faite d’un bois sombre et robuste, et d’un métal qui étincelait. Et sur toute la hauteur étaient disposés des visages informes, qui tournaient la tête dès qu’il les regardait.

Toutefois, un des visages le fixait droit dans les yeux, et notre jeune héros n’arrivait pas à soutenir son regard.

Pourtant, il devait tenir. Il devait affronter ce regard qu’il avait déjà vu. Il regarda à nouveau le visage qui se situait à hauteur d’homme, et le fixa longuement. Ce dernier sourit, ferma les yeux et enclencha un mécanisme qui ouvrit la porte.

Un long grincement se fit entendre, il entra alors, sentant la porte se refermer lentement derrière lui.

La pièce dans laquelle il était entré dépassait l’entendement. C’était un hall noir sans fond, au plafond vertigineux et les colonnes qui le soutenaient étaient interminables. Mais à quelques mètres il y avait en plein milieu un cercle de pierre éclairé par des bougies aux lueurs très faibles. Ce même cercle était entouré de roses qui rougissaient vivement quand il les effleurait. Il fit le tour de ce cercle, ne voyant rien d’autre. Il se mit alors au centre, et commença à entendre des murmures.

Murmures qui baissaient ou s’intensifiaient, mais il ne sut d’où ils venaient. Tout à coup, il sentit une présence. Il se retourna.

Un homme très grand, très mince, au sourire gêné et aux dents acérées se tenait devant lui. Une aura rouge tremblotante dérivait le long de son corps, et il portait une grande veste qui l’encapuchonnait jusqu’aux sourcils. Il fixait notre héros du regard, sans qu’un seul cil ne bouge.

Sous le choc et apeuré, ce dernier n’arrivait pas à le regarder, il voulait à tout prix s’échapper.

Mais l’horrible géant le retenait, et lui criait la même chose, sans cesse. « PARLE, PARLE ».

Totalement pantois, le jeune homme avait perdu tous ses moyens. Il était enseveli sous ses propres émotions, et n’avait comme réponse que pure couardise.

Le colosse était las de cette situation, et il claqua des doigts. Autour du cercle, une assemblée infinie de fantômes hilares fit son apparition, ils riaient aigûment du jeune malheureux qui faisait tout son possible pour résister. Il n’avait aucune solution, aucune clé. La seule chose qu’il connaissait c’était la fuite. Il savait qu’il n’aurait pas du venir, il savait qu’il n’aurait jamais dû répondre à cette invitation.

Les cris et les rires redoublaient d’intensité, et l’homme presque cyclopéen se mit en boule pour moquer l’adolescent qui avait osé se mesurer à lui.

Comment y arriver, comment y échapper ? Il fallait courir, fermer la porte et ne plus jamais s’y aventurer. Mais il ne voulait plus vivre éternellement cette histoire, il ne voulait plus entendre cette chanson.

Piqué au vif, le souffle court et le cœur battant sa plus grande chamade, il se dressa de tout son être. Il leva les épaules, et sourit à son tour, usant de ses yeux plutôt que de sa bouche. Le roi des lieux semblait interrogatif, et il s’approcha du téméraire petit être.

  • « PARLE MOI, OSE ME PARLER ».
  • « Je n’ai pas besoin de te parler » répondit il, forçant toute sa confiance.
  • « Alors PARS, pars de ces lieux, ingrat »

Le héros, fougueux et peureux, s’élança et pris le géant dans ses bras. Le regard de ce dernier changea. Mais il l’avertit tout de même.

  • « Tu le sais, jusqu’au bout je serais là »
  • « Oui, mais je n’ai plus peur de toi ».

Le géant baissa la tête et acquiesça. La porte s’ouvrit, puis se referma brutalement et le jeune héros fut instantanément téléporté dans le chemin fleuri. Un parchemin tomba sur le sol, marqué d’un sceau fait d’un œil qui pointait vers le sol.

Il était écrit : « Pour affronter son propre silence, il faut parfois se faire entendre et suivre une autre voie. Mais la noirceur sera toujours là, pour nous rappeler que la vie ne nous a pas donné à tous la plus grande voix. »

C’était à lui de se battre. Il quitta le palais de la Timidéité et leva la tête, fier et satisfait.

FIN


Laisser un commentaire