Les fruits de la pêche

Être marin, quel difficile et honorable métier.

Bon je suis, enfin j’étais en mer quelques jours dans l’année, mais je me considère comme marin. Après tout il y a bien des types qui passent deux jours par an à l’Assemblée Nationale et qui estiment nous gouverner et même avoir des compétences dans ce domaine, chacun son tour de flamber.

C’est de l’ostréiculture, on est pas sur une pêche intensive avec d’immenses paquebots, on est sur de la modeste profondeur et du moyen rafiot, mais ca reste de l’ordre du maritime.

Je vais vous parler de deux jours qui ont changé ma vie et ont fait de moi l’homme que je suis aujourd’hui. En tout cas ils y ont contribué à hauteur d’au moins 0,07%.

Le jeudi, je ne vous dis pas lequel, qu’est ce qu’on en a à foutre de la temporalité d’un évènement ! Le gars s’emporte tout seul, le jeudi donc, nous partîmes installer un filet pour empêcher les daurades d’attaquer les petites huitres dans un parc délimité.

Pour la petite anecdote, il est important de préciser que l’huitre c’est le truc le plus faible du règne animal, voire même floral. Plus ou moins tout ce qui existe est un prédateur pour l’huitre. D’ailleurs on l’appelle la petite baltringue des mers. Elle a pour ennemis divers animaux, crustacés, céphalopodes, algues et un de ses ennemis jurés s’appelle le perceur, un coquillage ridicule qui se colle aux rochers et qui attend son heure pour se coller sur une huitre adolescente. Ensuite il perce un trou d’un mm et il aspire tout ce qu’il y a dans l’huitre en quelques jours. La mort lente, nulle et sans honneur. C’est comme si nous avions comme ennemi principal une agrafeuse.

Avec l’équipe nous nous dirigeâmes donc vers ledit parc, et à quelques mètres du lieu nous devions entamer un rituel assez spécial. Munis de barres de fer, nous allions entonner une étrange mélodie. Il fallait faire peur à la poiscaille insolente qui oserait se placer dans notre périmètre d’opération, et nous tambourinions de toutes nos forces sur le pont pendant quinze bonnes minutes pour éloigner les récalcitrants. Vous connaissez les tambours du Bronx ? C’était pareil, mais en Bretagne, donc c’était plus les percussions de Quiberon.

Cependant, rien ne nous indiquait que ça fonctionnait. Qui nous dit que les poissons ne se sont pas rassemblés, en hochant la tête comme dans une immense rave, le poulpes agitant leurs tentacules et les crabes secouant leurs pinces ? Un bar (le poisson) dansant, dans un lieu (le poisson aussi) dansant…

Après cette interlude musicale, nous commencions la pose du filet. Pas une mince affaire, puisque ça nous a pris environ 11h sans trop d’interruption, sous un beau soleil certes, mais avec une mission un peu particulière : tenir et tirer sur le filet pour le tendre. C’était un tir à la corde contre Poséidon et je tiens à vous dire que j’ai gagné, donc bon l’Olympe c’est pas inaccessible pour qui porte sur lui le culot de défier les Dieux.

Evidemment les moments de faiblesse existent, les coups de soleil aussi, mais c’est là qu’on voit toutes nos possibilités, à nous humains. Notre corps est un acier dont le mental est forgeur, nous sommes tous capables de grandes choses quelle que soit notre condition, qui ne saute pas n’est pas français, impossible n’est pas français, CROYEZ EN VOUS même si vous êtes mexicain mais ça sera moins bien que si vous êtes français. Voilà je viens de vous économiser l’achat d’un livre sur le développement personnel avec 75 pages de phrases toutes faites.

Le lendemain je repartais avec le capitaine et le matelot, nous allâmes pêcher des cages, c’est comme la pêche au canard mais en mode très difficile, avec de la houle, des vagues et des relents du repas de la veille.

J’étais préposé à la gaffe, pas celle que vous croyez mais celle d’un bateau, nous vîmes énormément de poissons et de crabes dévorés par des goélands qui nous suivaient à la trace, je sauvais cinq gros congres de la noyade, encore une fois ce n’est pas une insulte, et nous retournions sur terre.

Si vous n’êtes jamais allés en mer allez-y, je veux dire éloignez vous de la terre, c’est un calme incomparable et une inénarrable beauté, qu’importe la saison. C’est une douce glissade sur l’horizon. Ok Cousteau.

Enfin allez y si vous avez un bateau. Ou des amis qui ont un bateau. Et si vous n’avez ni l’un ni l’autre gigotez un maximum dans une baignoire d’eau froide pour reproduire les sensations que ça procure. Si vous n’avez pas de baignoire sautez dans une flaque d’eau et arrêtez de me souler avec vos excuses.

FIN


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