Est-ce que vous avez vu le film Fourmiz ? Est-ce que vous avez lu la fable de la cigale et la fourmi ?
L’histoire que je vais vous raconter n’a absolument rien à voir.
Mais…
Avoir son chez soi, quel bonheur. Le summum de la propriété, le semblant ultime de possession. C’est le confort qui nous attend chaque jour, le cocon où l’on se retrouve, seul ou à plusieurs.
Mais parfois il arrive qu’on soit dérangé dans notre propre zone intime. Que des nuisibles ne cherchent pas à nous en déloger mais à squatter cet environnement vital.
Je ne parle pas d’humains, et évidemment que si quelqu’un daigne squatter sans autorisation chez vous il ne mérite pas un accueil chaleureux et un buffet d’arrivée. J’irai dormir chez vous, non Monsieur de Maximy, tu vas prendre un formule 1 comme tout le monde et pioncer dans une literie douteuse, c’est à dire un matelas qui est en fait un drap sur une grande table basse.
Je ne parle pas d’humains donc, je parle de ces petits êtres ultra organisés, divisés en castes, des ouvriers, des guerriers, un dirigeant, non je ne parle pas d’humains encore une fois. Je parle de fourmis.
Les invasions d’insectes sont légions dans tous les appartements et dans toutes les maisons. Mouches, guêpes, moucherons, quelle que soit la saison, il y a toujours des récalcitrants, dépendant bien sûr de l’endroit dans lequel on vit, et de son isolation.
Chez moi, c’est une journée portes ouvertes, il y a des ouvertures partout, d’ailleurs chauffer revient à mettre une casserole d’eau bouillante dans l’océan Atlantique et j’en paie le prix fort, cimer le « bouclier tarifaire » comme dirait l’autre.
Et niveau ouverture, ce fut la folie chez les insectes à six pattes. En tout cas pendant une petite période. Car j’ai installé diverses protections et mis en place des pièges d’une innommable ingéniosité. Façon Saw.
Un jour, je rentre du travail, tout ce qui m’importait c’était de retrouver mon confort et cette petite bulle dans laquelle je peux laisser libre cours à mon introversion préférée. Mais c’était sans compter la file indienne de fourmis qui allaient et venaient gaiement le long de ma baie vitrée, s’organisant pour grapiller des miettes de pain éparses ou me voler mes Balisto. Pris d’une rage incontrôlable je les exterminais une à une, les écrasant avec le doigt de la vengeance.
Pensant m’en être débarrassé, je reviens le lendemain, toujours plus fatigué, et cette fois je vois deux files indiennes de fourmis qui dansaient probablement la chenille, situées à des endroits différents, je les écrase et saisit l’aspirateur pour tout aspirer et les faire disparaitre à jamais dans les méandres poussiéreux de mon appareil exterminateur.
Le jour d’après, je constate avec horreur que les fourmis aspirées ont élus domicile dans ma chambre, puisque l’aspirateur est rangé dans ladite chambre et qu’une fourmi peut tout à fait sortir d’un aspirateur étant donné sa taille. Il y a donc des fourmis de partout, mon chat qui ne se sent pas du tout concerné, la situation devient vraiment catastrophique.
J’aurais pu choisir d’acheter des pièges à fourmis, mais la logique étant le refuge des gens sans imagination, je décide autre chose. Je scotche les ouvertures et les petits trous dans les murs, attention je n’habite pas dans un gruyère mais il y a de quoi en faire un fromage croyez moi, et j’aperçois dans ma salle de bain un halo, une lumière sacrée, qui entoure un flacon.
C’est un flacon de parfum Kenzo. Non je n’ai pas décidé de me parfumer pour flirter avec les fourmis, j’ai décidé de les couvrir de parfum pour les tuer. J’ai aspergé chaque file de fourmis et chaque ouverture que je voyais, j’étais en transe, comme possédé par un démon, le démon Séphorage, et j’aurais pu pousser le vice en allumant un briquet mais ma psychopathie s’arrêta avant ça.
Le pire dans tout ça ? Ca a fonctionné. Mon génocide avait fonctionné. Les fourmis n’aimaient pas du tout le parfum et ne sont jamais revenues, en tout cas jusqu’à maintenant. Peut-être que l’histoire aurait été différente si j’avais mis du Paco Rabanne, je n’en sais trop rien.
Ou alors, les fourmis sont désormais parfumées avec du Kenzo et leur fourmilière est remplie de fourmis bobo qui snobent les autres fourmis puantes. J’ai créé une caste de fourmis élitistes, une race ultime qui fait des fashion week et des défilés de mode.
Et moi je ne peux plus mettre ce parfum, car j’en ai trop abusé. J’ai gâché cette fragrance, et j’ai embaumé pendant des mois mes pièces de vie.
Vous connaissiez l’histoire des Rois Français qui ne se lavaient pas et mettaient du parfum à la place, vous connaissez désormais celle du Roi Ugo face aux fourmis Kenzo.
FIN


