La tempête du jour

Face à l’immensité et la grandeur de la nature, qui sommes nous ? Pas grand chose en vérité. Surtout toi là.

Travailler dans l’ostréiculture m’a permis de me forger un mental, en soulevant de lourdes charges, en me confrontant à des températures très basses les mains constamment en contact avec l’eau, en récoltant du naissain à la barre à mine, en chaulant des cages à huitres sous 30 degrés, des conditions qui seraient tout bonnement insupportables plus de quatre secondes pour Gabriel Attal ou tout autre bcbg de la politique.

Les huitres c’est un milieu compliqué et tributaire d’énormément de facteurs, et voilà, c’était juste pour mettre mon grain de sel à l’étalage si j’ai bien compris l’expression.

Bref, braver le vent breton accompagné de sa pluie bretonne c’est pas toujours agréable mais ça a le mérite de réveiller les sens. Et ce jour là mes sens ont carrément été bouleversés.

Nous allions en mer avec mon chef, attention je parle pas de mer du Nord ou d’exploration sous marine, je parle d’attendre que la marée soit basse pour aller sur les parcs et mettre ou enlever des poches d’huitres. Tout le charme et la puissance de l’aventure viennent de tomber à l’eau. Mais trêve de champ lexical aquatique.

Nous y allons gaiement, c’est vendredi, on mange un burger à midi, et dans quelques heures c’est samedi. Tout est parfait. La météo bretonne étant plutôt incertaine, ou plutôt en Bretagne on a la certitude que tout peux changer en un coup d’haleine, je décide donc d’y aller sans ciré. Une décision intelligente, à l’image de tout ce que j’ai pu entreprendre dans ma vie.

On alterne entre épisodes d’éclaircie et petite pluie que je qualifierais de faible, et là vous vous dites mais je suis venu pour lire un texte ou un bulletin d’Évelyne Dhéliat ? Et c’est tout à votre honneur.

Le travail en marée se termine, le bateau est prêt à partir avec un vent bien contraire, et là, c’est parti.

Rafales de mistral devant et derrière qui me font tanguer comme un homme tronc qui servirait de bouée, je monte sur le bateau, et le Ciel, Dieu, qui vous voulez, décide d’augmenter un peu le niveau et envoie sa meilleure grêle, j’en prends plein la gueule, ça me fouette, j’ai l’impression de recevoir du gravier dans le visage, mais je souris.

Je souris, pourquoi ? Parce que je défie les Dieux, je défie Jésus en personne, je comprends qu’il veut m’affronter en duel car il sent que je lui fais de l’ombre. J’enlève donc ma combinaison et mon pull trempé, et je crie « VIENS DONC MISERABLE INSECTE ! ». Mais il s’avère que je n’ai pas du tout dit ni fait ça, et que je tremblais comme une feuille qui aurait parkinson. Bon j’exagère mais c’était un froid de Février quand même.

Ceci étant dit, le constat que j’aurais à faire, c’est qu’on ne se sent vraiment vivant que dans l’inconfort ou lorsqu’on est proches de la mort. Je dis ça juste parce que j’ai pris un peu de pluie et de vent dans la mouille. La gueule du guerrier.

Le Viking parisien, le Paris Drakkar, et c’est uniquement pour le jeu de mots que je dis ça.

Bref, sortez, prenez l’air marin, faites communion avec la nature et affrontez sa colère. Vous aurez l’air con et en plus vous aurez froid. Mais vous serez valeureux, et ça, c’est notre tempête à nous face à la vie.

FIN


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