Pierrot, la légende

Au clair de la lune, mon ami Pierrot.

Rien n’aurait pu me prédestiner à cette rencontre et pourtant, j’ai rencontré Pierrot. Je suppose qu’on a tous rencontré un Pierrot, mais laissez moi vous conter l’histoire de mon Pierrot.

Pierrot je l’ai croisé dans le milieu ostréicole, et à la seconde où j’ai croisé son regard, j’ai su.

Solide et vieux gaillard avoisinant la soixantaine, un véritable loup de mer. Fier breton, cheveux grisonnants, regard vitreux mais bienveillant et bide imposant, l’archétype d’un marin respecté et respectable.

Il a toujours le sourire, une voix extrêmement drôle, entre Marge Simpson et Homer Simpson, et il a une particularité.

Pierrot, il est breton ET marin. Il s’est lié d’un amour passionnel à quelquechose qui le fait chavirer au sens propre et au sens figuré, et je parle pas de bateau. Pierrot, il aime beaucoup l’alcool.

Il avait toujours une bouteille de San Pellegrino que je soupçonnais de contenir autre chose que de l’eau gazeuse, puisque chaque gorgée le faisait tituber. Mais c’était peut-être le corps qui n’était pas habitué à recevoir autre chose que de la liqueur de châtaigne ou de la binouze.

Il triait des coquillages mais pas pour l’entreprise, pour lui-même, et il les revendait au marché noir. Tout le monde le grillait et il s’en foutait totalement puisqu’il était bourré.

Pierrot, le midi il allait dans un bar pour se descendre un petit remontant, c’était sa nourriture à lui. Il galopait pour siffler son galopin, et sa démarche était bien moins confiante à son retour du bar.

On bossait en équipe parfois, mais j’étais tout seul dans l’équipe. Pierrot il faisait des pauses contemplatives, où il observait le vide de sa propre existence, mais je pense plutôt qu’il décuvait par phase.

Pierrot il a déjà dormi dans un buisson. Certaines personnes aiment les lits, les tentes, mais Pierrot lui, il a choisi un buisson. C’est-à-dire qu’il était tellement arraché qu’il a choisi un endroit où même les animaux ne vont pas dormir. Il a une toute autre conception de la haie d’honneur, Pierrot il est pas comme nous.

Un jour on a fait un feu pour brûler de l’encombrant, et j’ai demandé à Pierrot de s’éloigner. Il aurait fait tripler le volume du feu s’il respirait de trop près.

Mais même s’il avait un bar PMU par litre de sang, Pierrot était extrêmement cultivé, il aimait la France, les beaux mots et il te sortait des citations que même Google ne trouverait pas. Il était très doué en cuisine et pouvait te faire saliver rien qu’en te parlant d’un plat dont lui seul avait le secret.

Je parle au passé parceque je pense honnêtement qu’il est mort avec tout ce qu’il s’envoyait dans la tronche, c’est simple un jour il nous a dit qu’il avait fait un gros dimanche, et un gros dimanche pour nous c’est quoi c’est du ménage et même pas de sieste ? Pour lui c’était rosé à 9h, ricard à 10h, blanc à 11h, rouge à 12h, repas pour faire glisser, rebelote toute l’aprèm et mille fois pire le soir. Je me serais personnellement arrêté à 11h du matin, j’ai une bonne descente mais Pierrot il a carrément une chute libre.

Je ne sais pas où t’es Pierrot, au bar, dans un buisson, ou mort, mais tu m’as marqué à vie. Pas parceque t’es un exemple ou une inspiration, mais parceque c’est comme ça que t’as choisi de vivre, et ça, c’est honorable. Tu as gagné nos coeurs (et une sirose).

Bisous au roi de la Godaille, bisous au roi Pierrot.

FIN


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