Dans notre cerveau, il y a un compteur, alimenté par des jauges. Les jauges représentent chaque émotion. Ainsi, la joie, la surprise, la peur, la colère, le dégoût, la confiance, l’anticipation et la tristesse ont chacun et chacune leur jauge. Une petite équipe de techniciens veille au grain et vérifie le niveau de chaque jauge.
Et chaque parole, chaque action du quotidien, que ce soit nous ou les autres qui les provoquions, entrainent une augmentation ou une baisse de ces jauges. Parfois, quand une jauge est trop remplie, elle explose et par un procédé chimique inconnu le corps entier est envahi de l’émotion qu’il a fait détoner. Mais il arrive aussi que deux jauges soient remplies en même temps et engendrent une émotion qui devient le résultat de ces deux dernières.
Ainsi quand les jauges de la joie et de la confiance explosent, nait l’émotion de l’amour. Quand les jauges du dégoût et de la tristesse débordent à leur tour, naît l’émotion du remord. Le but des techniciens est de propager l’émotion mais aussi de la contenir, et il leur est parfois difficile de maintenir l’équilibre entre les deux.
Sachant que les émotions que l’on perçoit comme positives peuvent se mélanger à des émotions plus négatives, ce qui sème assurément la confusion et la panique chez nos petits techniciens. Peut-on influencer notre propre compteur ? Quel pouvoir avons-nous sur nos émotions, si ce n’est celui de les ressentir ? Pouvons nous vraiment les accueillir chaleureusement, ou les repousser froidement ?
Certains s’emploient à apprendre à leurs propres techniciens des subterfuges, qui peuvent fonctionner dépendamment de la volonté de chacun. Mais les jauges se remplissent sans notre consentement, et sans une quelconque maitrise de notre part. Et vouloir les asservir ou les brider est probablement une erreur.
Car les pannes de courant ne sont pas impossibles, mais aussi les ascenseurs émotionnels, qui forment le grand huit de la vie. Une jauge qui se remplit de joie, puis une jauge qui se remplit de peur. Pour nos travailleurs, une activité toujours morcelée entre bonheur intense et soudaine horreur.
Les émotions sont des bêtes sauvages dont nous sommes cavaliers, bêtes sauvages qu’on ne pourra jamais domestiquer mais dont on pourra tenter de prendre soin.
Les émotions sont les notes de musiques qui composent la partition de notre vie. Et jamais la musique ne sera la même. Parfois ça sera mélodieux et symphonique, parfois ça sera sourd et monotone. Le compteur est chef d’orchestre, et les jauges donnent le ton.
Juger une émotion est vain, la jauger est sain.
L’émotion est reine, le comportement qui en découle est roi.
FIN

