L’interprète

Cette petite voix qui résonne chaque seconde dans nos têtes, ce n’est pas la nôtre. C’est celle de notre interprète. Chaque être humain est unique, et son interprète aussi.

Comme le sang est pompé par le cœur et les pensées par le cerveau, l’interprète qui est en chacun de nous prend son poste jour et nuit pour analyser et décortiquer chaque phrase que l’on s’apprête à dire ou à entendre. Chaque acte que l’on s’apprête à faire où à observer. Et il travaille de concert avec les émotions et les humeurs.

Nous sommes tous très singuliers dans notre manière de voir, de penser et de parler. Il est inutile de se dire qu’untel ne pense pas, ne voit pas, ne parle pas et ne comprend pas comme nous puisque c’est d’une banale évidence, un lieu plus que commun.

Il est intéressant de se dire que notre interprète à la même voix que nous, mais peut-on reproduire à la perfection la voix que nos cordes vocales produisent, puisque la voix de notre interprète est une voix que l’on imagine ? L’interprète est un pan de notre imagination, mais il a surtout grandi avec nous, au fil du temps, au gré de l’environnement dans lequel on a évolué.

Une femme dit quelquechose à un homme, la scène est simple, ordinaire et quotidienne. Mais l’interprète de la femme lui a conseillé de formuler la phrase d’une certaine manière, selon son humeur. Et l’interprète de l’homme lui a traduit également à sa manière, et avec son humeur.

Est-ce que la plupart de nos incompréhensions proviennent de nos émotions, ou de l’interprétation de chacun des mots, chacune des images qui apparaissent quotidiennement dans nos vies ?

Est-ce qu’on se rapproche naturellement des personnes dont les interprètes ressemblent aux nôtres ? Ou dont les interprétations s’apparentent aux nôtres ? Ou au contraire, sommes nous intimement attirés par ceux qui diffèrent totalement voire même nous échappent ?

Quoiqu’il en soit il convient de travailler main dans la main avec cet interprète et de prendre soin de lui. A le négliger on peut perdre la chance d’obtenir les explications qu’il peut nous fournir. Et à trop le solliciter on peut aussi se perdre dans un flot ininterrompu de commentaires qui se contredisent. Quelquechose entre le silence absolu et le bruit continu.

Nous faisons nous même nos propres exégèses, et nous ne sommes peut-être jamais en mesure de les comprendre. Avec du recul, de l’expérience, on peut se mettre à assimiler nos propres perceptions et interprétations, et c’est là une des quêtes initiatiques qu’il nous est donné de vivre et de poursuivre.

Notre interprète a une charge de travail double, car il doit analyser et décortiquer les conversations orales et les conversations écrites. Et ce n’est pas du tout le même travail. Car interpréter à l’écrit, c’est fastidieux. L’interprète n’a pas les codes, ni la gestuelle, ni le faciès, ni l’intonation, ni les mimiques, rien. Cela dit, rien ne l’empêche de mal interpréter l’oral également.

Car sa mission, et pas des moindres, est de se calquer sur l’humeur qui régit la seconde à laquelle il travaille. Si l’homme ou la femme sont en colère, tristes, en confiance, trop enjoués, alors leurs interprétations seront très différentes.

Et la complexité de toute cette œuvre prend aussi sa source dans deux éléments plus qu’importants : certaines personnes n’ont pas cette petite voix, pas par choix, et nos interprètes doivent également interpréter… les silences.

Les plus grands interprètes sont donc peut-être ceux capables d’interpréter outre l’émotion et quel que soit le contexte, mais les interprètes les plus vivants sont peut-être ceux qui se laissent bercer par les humeurs de l’humain qui les abrite.

Appelé aussi conscience, l’interprète fait partie intégrante de notre vie.

FIN


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