Entraide & entrailles

Véronique était un ver solitaire un peu différent des autres. Il était franchement sympa. Il faut savoir que les vers solitaires s’appellent Véronique pour les mâles, et Véronique pour les femelles. Une nuance importante car les vers solitaires détestent être mé-genrés. Ils n’aiment pas non plus être confondus avec les vers de terre, qu’ils estiment sales voire même immondes physiquement.

Bref Véronique s’était confortablement installé dans son humain, ça faisait déjà deux ans qu’il y avait élu domicile et il s’y sentait vraiment bien. Il savait qu’un jour ou l’autre il devrait plier bagage et sortir de l’intestin mais il savait dores et déjà qu’il le noterait cinq étoiles sur Tripes Advisor, application de notation des hébergements pour vers solitaires.

La vie d’un ver solitaire c’est pas bien compliqué, ils habitent tous à Listéria Lane, une sorte d’immense ville peuplée de vers solitaires qui habitent tous dans un duplex avec vue sur ver. Et ils attendent tous sagement. Il suffit d’attendre et un beau jour on débarque dans un humain, dépendant de son appétit pour les choses crues et de son appétence pour les larves. On est alors téléportés dans les lieux, et ensuite il n’y a plus qu’à se faufiler et se dandiner autant que possible puis attendre d’être viré du logement par le propriétaire de ces lieux. Car les humains sont gentils mais ils n’acceptent pas indéfiniment leur hôte.

Une existence parasitaire pour certains, mais paisible pour les vers solitaires. Véronique vivait dans un intestin gigantesque, et se sentait seul parfois. Il se demandait ce que faisaient les autres, à quelles occupations ils pouvaient bien vaquer. Au bout d’un moment, tourner en rond aux mêmes endroits ça devenait lassant et Véronique commençait à déprimer. Il pleurait toutes les larmes de son corps et comme il faisait 10 mètres sa tristesse fut interminable. Il en avait marre, il était avenant et voulait proposer son aide aux autres. Il voulait faire des activités de groupe, et aller boire des verres. Qui eux ne seraient pas forcément solitaires, bref.

Il sentit que son humain allait éjecter quelquechose, et prit la direction de la sortie des artistes. C’est d’ailleurs la seule issue possible et c’est tellement spectaculaire que les vers solitaires l’ont érigée au rang de chef d’œuvre et l’ont nommée ainsi. Véro tomba alors dans un genre de liquide froid, entouré de choses qu’ils avait déjà entraperçues auparavant, et il se cacha sous ce grand machin blanc qui se relevait et redescendait.

L’attente fut longue mais il vit un autre humain débarquer, avec sa sortie des artistes à lui. Ni une ni deux il monta et s’empressa de rejoindre Véronique, l’autre ver solitaire qui habitait ici. Celui-ci sembla surpris mais comprit qui était vraiment Véronique.

Véronique était un ver solidaire.


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