A Laplace de la vie

Sortie de la station LaPlace située à mi-chemin de la ligne du RER B (région parisienne pour les non-initiés), il est 8h45 environ, la notion du temps s’est estompée depuis 7 voire 8 ans. Approximatif me direz vous.

Je marche d’un pas très peu déterminé et me rend sans trop de joie à mon alternance de l’époque, genre de start-up spécialisée dans les mots-clés référenceurs sur le web, une pépite pour un macroniste. Le pas lent et nonchalant je grimpe une cote qui me rappelle métaphoriquement celle de la vie, et me prépare non sans stress à affronter une journée pauvre voire même précaire en rebondissements.

Je reviens à mon fameux pas, celui qui fait avancer les pieds et non les choses, et soudain PAN ! Bruit de coup de feu assourdissant. Je me retourne, scrute les horizons -avec un soupçon de pensée pour mes folles parties de GTA San Andreas où je prenais plaisir à coller du C4 sur des vieilles dames ce qui est censé me classer dans la catégorie des énormes psychopathes- ne vois rien, regarde à nouveau puis vois cette fois deux personnes qui indiquent à l’index un endroit très précis.

Par un réflexe étrangement instinctif je me rends à l’endroit sus indiqué, et ça n’avait rien à voir avec un tir de 8mm digne de John Wick 5 ou d’une rixe entre gangs de Los Angeles, le coup de feu était en fait un homme, gisant sur le sol, plié en trois, en quatre, de quoi faire jalouser un origami. Les gens regardent, certains ont l’indécence quelque peu malsaine de filmer la scène et moi, je marche vers le corps quasi sans vie de cet homme, sans trop savoir pourquoi.

J’ai été jeune sapeur-pompier mais je ne me rappelle de quasiment rien ce qui fait de moi un intérimaire voire même un stagiaire en gestes de premier secours. Puis va premier secourir un truc comme ça toi. Bref, à quoi bon ? Une question que je ne me suis pas posé sur le moment à vrai dire. Je déambulais donc le long de cette cote devenue une descente puisque j’y allais dans l’autre sens, et me trouvais désormais à quelques centimètres de l’origami. Ou l’orighumain si on veut tenter un jeu de mots de circonstance…

Le corps recroquevillé, les yeux exorbités et révulsés, frêle et rachitique, mal fringué, un militant de la NUPES probablement (ça n’existait pas encore calmez vous). Je ne fais rien puisque pratiquer une PLS relèverait du casse-tête chinois qui serait lui même dans un escape game en japonais, je décide donc de le couvrir avec un sac poubelle environnant qui flottait sur un arbre, non pas pour éviter aux autres une vision d’horreur mais pour lui conserver une certaine dignité je suppose.

Et soudain une fille brune aux cheveux bouclés et au charme ensorcelant déboule, plus voire beaucoup plus confiante que moi, et me pose des questions avec douceur et gentillesse. Je tombe donc amoureux et j’apprends qu’elle est infirmière. Elle décide ensuite d’appeler les secours, chose à laquelle j’aurais dû immédiatement penser mais elle était trop rapide pour moi et mes capacités de réaction.

Nous attendons ensemble l’arrivée des secouristes qui vinrent et tentèrent, en vain, de réanimer le pantin hélas désarticulé. Mais le pire reste à venir, le moment où quelqu’un sort de l’immeuble où à eu lieu l’acte désespéré, le pas claudiquant et une canne à la main, et qui fond en larmes instantanément à la vue de l’homme au sol. Je fais le rapprochement dans ma tête, et comprend qu’il s’agit de son père..

Je quitte donc la scène, ayant à peine fait acte de présence et n’ayant même pas représenté une didascalie, la fille me regarde, me dit merci et je m’en vais, sans la moindre fierté.

J’ai donc participé à un suicide sans aider, et je n’ai même pas eu l’audace de prendre le numéro de la fille… Qui a le plus raté sa vie ici ?

Condoléances au père et à mon humanité.

FIN


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