Anne-Ludivine Style et Catherine Cadenas étaient les meilleures amies du monde. Elle vivaient en collocation dans un charmant loft de New-York et aimaient passer du temps à roucouler ou à piailler, comme toutes les fem- comme tous les oiseaux pardon. La première étudiait la littérature classique et la deuxième étudiait le journalisme en général. Un avenir radieux assuré au Pôle Emploi donc.
Toutefois, ce jour allait changer leur vie. Enfin surtout celle d’Anne-Ludivine parceque Catherine n’est pas l’héroïne de ce texte. Normal avec un prénom pareil me diriez-vous et ça serait extrêmement méchant de votre part mais on ne va pas refaire le monde… Bref, ce jour Catherine tombe malade et ça tombe plutôt mal parcequ’elle devait, dans le cadre de ses études, interviewer Christian Gras, un éminent homme d’affaires aussi beau que mystérieux. Etant à l’article de la mort elle souhaita qu’Anne-Ludivine s’empare de cette interview et lui fasse honneur. Ce à quoi Anne-Ludivine répondit d’abord non, elle devait faire une dissertation sur un livre de Marc Levy, mais Catherine lui montra une photo de Christian en slip léopard et Anne-Ludivine sortit de l’appartement en gloussant et en claquant la porte.
Le rendez-vous avait été pris au Starbucks le plus proche, c’est à dire à 72 kilomètres du centre-ville et nos deux héros vinrent avec des moyens bien différents. Anne-Ludivine vint en claquettes-chaussettes et mit plus de cinq heures, et Christian vint en hélicoptère de combat, il en sauta pour atterrir devant le Starbucks et l’hélicoptère s’écrasa plus loin, explosant bruyamment et rasant tout un centre commercial.
Anne-Ludivine était hors d’haleine, avait perdu une claquette sur les deux et avait totalement oublié de se coiffer mais elle ne fut pas au bout de ses peines. Elle s’arrêta net devant le Starbucks et aperçut Christian qui l’attendait. C’était un demi-Dieu moderne, brun aux yeux bleus, bleu aux yeux bruns, elle ne savait plus tellement elle était subjuguée. Il portait un costume trois pièces noir, des chaussures noires, un iPhone noir et un parapluie rose bonbon. Il pleuvait des trombes d’eau mais Christian était impeccable, et il vit à son tour Anne-Ludivine dans son plus moche appareil. Il la regarda avec fougue et passion et s’approcha avec une démarche rappelant celle des dieux de l’Olympe (personne ne connait leur démarche).
- « Bonjour, tu es Anne-Ludivine ? »
- « Jekflfpiefnf ejfpsfm ljfjmgnfm »
- « Plait-il ? »
- « Oui tout à fait, excusez moi… »
- « Ne soyez pas intimidée, je suis très beau, charismatique et milliardaire mais je suis comme tout le monde vous savez »
- « D’accord…. »
Christian se dirigea vers la porte du Starbucks et Anne-Ludivine lui emboita le pas, rêvant que Christian l’emboit- l’embauche. Christian ouvrit la porte, la lâcha brutalement et Anne-Ludivine se la prit en pleine poire, mais ce n’était pas grave elle pouvait absolument tout lui pardonner.
Le beau milliardaire s’empressa de commander « Un triple mocha allégé sans gluten sans lactose et sans mocha svp » et demanda un verre d’eau pour la jeune femme sous le charme. Elle ne dit rien et regardait simplement le pantalon de Christian, qui laissait apparaitre un slip Undiz avec des emojis pastèques. Ils s’installèrent à une table loin de tout le monde et commencèrent à discuter.
- « Tu es venue me poser des questions, mais j’en aurais aussi… »
- « … D’accord »
- « Je t’en prie sublime beauté des îles »
- « Je ne suis pas originaire des îles je suis banlieusarde et… »
- « Je t’en prie sublime banlieusarde au charme envoutant »
- « Hihihi, qui êtes vous et que faites vous dans la vie ? »
- « Je suis Christian Gras t’as pas lu tes fiches ou quoi ? Je suis PDG de Gras&Co et je suis grave BG comme tu peux le constater »
- « En effet… Et »
- « Je te coupe mais ta beauté désopilante me coupe le souffle j’ai l’impression d’être asthmatique »
- « Arrêtez je vais rougir »
- « Non non mais t’as pas de la Ventoline ??? »
- « Non… »
Christian s’arrêta un coup pour respirer lentement, but son mocha et lança un regard très séducteur à Anne-Ludivine, qui loucha de plaisir. Elle baissa les yeux et but son verre d’eau, s’étouffant et crachant sur le visage parfait de Christian. Ce dernier s’essuya avec l’écharpe de Anne-Ludivine et reprit la conversation.
- « Bon bref et t’es féministe ? »
- « Je suppose que oui, à mon sens l’égalité homme-femme est l’un des éléments fondateur d’une société prospère »
- « Perso je suis masculino-fachiste »
- « Euh… C’est à dire ? »
- « Je considère que les femmes sont des putes et qu’il faut les faire bosser dans des centres spécialisés »
- « C’est un peu radical… »
- « La place de la femme c’est la ? »
- « Même que celle de l’homme ? »
- « Mais nan c’est la COUISINE ! »
- « Légèrement cliché je… »
- « T’aimes le sauciflard bébé ? »
- « Le saucisson vous voulez dire ? »
- « Calmos je parle pas de ce que j’ai entre la ceinture et le genou HEHEHEHE »
- « Très beau mais un peu lourd »
- « Tu es la princesse de mon royaume et la sirène de mon océan »
- « Je fonds… »
- « Rdv ce soir chez moi, j’habite au dernier étage du Formule 1 tu sais là celui de la zone indus »
Il partit alors, laissant Anne-Ludivine régler l’addition et cette dernière tremblait, elle n’avait jamais vu ça. Pas l’addition mais lui. Cet homme avait tout pour lui. C’était un concentré de qualités physiques et mentales, un cocktail idéal voire même une œuvre d’art. L’image de Christian lui restait en tête et l’obsédait littéralement.
Elle rentra pour se préparer et reçut l’appel de Catherine, qui lui demanda comment ça s’était passé. Elle lui raconta tout dans le moindre détail et Catherine feint d’être heureuse pour elle, avant de lui raccrocher violemment à la gueule. Mais plus rien n’avait d’importance. Ce soir elle serait aux côtés de l’homme dont la seule prestance ensorcelait le monde entier. Elle alla chez une maquilleuse, chez l’esthéticienne, chez la coiffeuse, chez la prothésiste ongulaire, chez elle pour aller aux toilettes, puis après avoir déboursé pas moins de 873 euros elle se dirigea vers la demeure de son bien-aimé.
Quand elle rentra dans l’appartement, elle fut époustouflée. Tout était minimaliste, blanc, soigné, et propre. Sauf le canapé qui contenait quelques chips et des capotes usagées mais le reste était parfait. Comme Christian. Celui-ci l’accueillit en peignoir panthère et il la regarda d’un air très sérieux.
- « J’ai quelquechose d’intime à te dire sur moi et mes fantasmes »
- « Je suis toute ouïe… »
- « J’adore le domac, un bon big tasty c’est juste fou à quel point c’est bon »
- « Super ! J’aime bien aussi on peut en commander un si tu veux ? »
« J’adore aussi la raclette, la tartiflette, la croziflette, les burgers aux nuggets et les pizzas aux cordons bleus » - « Ca fait beaucoup dis donc, euh, moi aussi… »
- « Mais mon truc préféré c’est le Tacos »
- « Ah oui c’est super ça… »
- « Ca te dit un bon 18 ? »
- « 18… Belle taille, avec grand plaisir » (regard coquin)
- « Non mais 18 viandes, un tacos 18 viandes »
- « Ah oui oui génial… »
- « On va commencer par boire ma louloute, t’es pas dans le top 10 de mon classement esthétique donc va falloir enquiller un peu »
- « Je ne suis pas sûre de bien comprendre… »
- « Je rigole, ton regard est une bénédiction des cieux, je n’ai plus notion de l’espace et du temps quand je me perds dans tes yeux »
- « Tu parles si bien »
- « Et tes seins »
- « Quoi ? »
- « Bon faut que je te montre ma pièce secrète »
- « Avec plaisir… »
Christian l’emmena alors dans une pièce derrière la cuisine, ouvrit la porte et Anne-Ludivine ne put s’empêcher de pousser un cri. Des tonnes et des tonnes de plateaux de fromages et de charcuterie ornaient tous les murs de la pièce, et il y avait une fontaine au chocolat en plein milieu. Christian ouvrit son peignoir et avait le corps enroulé dans du jambon. Anne-Ludivine, éberluée, ne savait plus où se mettre.
- « Alors on baise ? »
- « Christian, ce n’est pas très conventionnel »
- « Laisse toi aller, je vais t’ouvrir des portes que tu n’aura plus jamais envie de refermer »
- « C’est à dire… »
- « L’entrée des artistes si tu vois ce que je veux dire, les coulisses, l’issue de secours quoi t’as compris ?? »
- « Non… »
- « Bon Anne-Ludivine il faut se lâcher, soit tu goûtes à mon Saint Agaune soit t’y vas merde quoi »
- « Mais enfin Christian je suis végan… »
Christian éclata de rage et dégagea Anne-Ludivine de chez lui, tout en criant : « Allez va manger tes steaks de coquelicots et tes tartares de jonquilles et laisse les gens vivre !! ». Elle rentra chez elle la queue entre les jambes et raconta tout à Catherine qui jubila. Elle passèrent la soirée à regarder « Mariés au premier regard » et Anne-Ludivine mangea une Haagen-Dasz macadamia, la meilleure de toutes les glaces.
FIN

