Inca maudit

« Aux aurores rayonnantes, celle qui surplombe le sacré ouvrira aux chœurs purs le passage des créateurs de la Pierre Sainte ».

Voilà ce qui était indiqué sur son parchemin. Il y avait un dauphin rose griffonné en bas à droite, et une boussole en haut à gauche. Il l’avait trouvé sur un marché à Cuzco, dépassant d’un vieux bouquin poussiéreux qui semblait évoquer la religion Inca. Sa curiosité piquée au vif, il avait acheté le bouquin à la vieille dame du stand qui ne cherchait même pas à négocier et eut même l’air contente de s’en débarrasser.

Mike Danti était un chasseur de trésors. Son nom était totalement inconnu car il agissait dans l’ombre, il faisait tout pour ne pas se faire remarquer et changeait régulièrement d’identité. Les chasseurs de trésors, de primes et autres pirates étaient rarement des célébrités. Mais dans le milieu des trésors, Mike s’était fait un nom. Le « traqueur doré » était devenu son surnom tellement il était doué pour dénicher de l’or et des trésors en tout genre. Il avait parcouru le monde entier, Bali, la Malaisie, la Turquie, le Vietnam… Et toujours dans le même objectif. Savoir où se cachaient les temples et autres vestiges civilisationnels qui pourraient potentiellement abriter de fabuleux trésors.

Son dernier voyage en date était au Pérou, qu’il avait arpenté du Nord au Sud. Il avait flairé la bonne affaire sur ce marché de Cuzco, clope au bec et verre de pisco en main qui commençait d’ailleurs à le faire vaciller avec toute cette chaleur. La dame du parchemin avait précipitamment empaqueté son stand, et Mike lui fit signe de la main. Elle ne répondit pas et accéléra le pas. Il l’entendit murmurer en espagnol mais il ne put saisir un seul mot.

Le soir-même Mike décida de fêter sa trouvaille en allant écumer les bars de la ville, alors pleine de joie et de festivités. Il se rendit à un bar dansant, but joyeusement et vit que la serveuse lui faisait de l’œil. Son charme naturel opéra et après une approche bien ficelée il l’embrassa passionnément. Mais ça ne l’empêchait pas de penser à la phrase du manuscrit. « Aux aurores rayonnantes, celle qui surplombe le sacré ouvrira aux chœurs purs le passage des créateurs de la Pierre Sainte ». Quel sacré ? Quel passage ? Où ça peut bien être ? Trop de questions en suspens. Il rentra avec la serveuse dans sa petite location de la semaine, passa une nuit torride mais ne put fermer l’œil.

Le lendemain il retourna au marché pour poser des questions à la dame de la veille, mais elle n’était pas là. Il parcourut le marché en quête d’autres livres ou même de gens qui pourraient l’aider. Mais à chaque fois la même rengaine, un silence, ou un regard effrayé. Mike était encore plus enthousiaste que jamais. Le trésor que renfermait ce parchemin était sûrement maudit. Donc d’une valeur inestimable. Il déambulait dans les rues de la capitale Inca et en arrivant sur la place centrale il sentit une main le saisir brusquement. C’était la dame du parchemin. « Etranger… Oublie ce que tu vois, et ce que tu crois… Tu t’exposes à un grave danger. ». Mike sourit « Quel danger ? Dites m’en plus ! ». Elle répondit « Les hommes de la Rosa effaceront ton sourire… » et s’enfuit rapidement. L’aventurier intrépide la laissa, et dans toute sa nonchalance il rigola.

Il revint chez lui pour préparer quelques affaires et tenter d’élucider ce mystère. Il sentit une présence le suivre, se retourna mais ne vit rien. Il ouvrit la porte de sa location et fut effaré. Toutes ses affaires étaient par terre, en vrac, ses valises ouvertes et il y avait surtout un mouchoir blanc avec un dauphin rose dessiné dessus, accroché à sa porte d’entrée. Il avait donc mis le pied dans un engrenage. Il vit ça comme un déclic et décida de se rendre au marché très tôt le lendemain matin, pour en savoir plus sur ce foutu parchemin et ce dauphin rose. Mais il avait, comme à l’accoutumée, l’envie de festoyer.

La soirée battait son plein et Mike n’avait peur de rien, il partit fêter ce nouveau mystère en retournant à son bar favori. Il vit sa serveuse, la charma encore, et il la ramena chez lui. Il commença à l’embrasser, la serveuse se laissa faire mais au bout de quelques secondes elle lui attrapa les bras, les attacha à la tête du lit avec une corde en nylon et sortit un 9mm de sa jupe.

  • « Oh, tu veux qu’on tente de nouvelles choses j’ai l’impression » avec un clin d’œil coquin
  • « Ferme là et dis moi où est le manuscrit »
  • « Quel manuscrit ? »
  • « Fais pas l’innocent, on sait tout de toi »
  • « Qui ça on ? »
  • « La Rosa, le cartel sacré, tu nous as volé notre trésor et on va très vite le récupérer »
  • « Rectification, je ne l’ai pas ENCORE volé »
  • « Et comment tu vas faire, attaché et avec un flingue pointé sur le bout de ton museau ? »
  • « Oh c’est très simple, je vais continuer de te faire l’amour et tu me laissera partir ! »
  • « Continue ton cinéma c’est bien, je te laisse trois secondes pour me donner le parchemin où tu mourra, seul et sans trésor »

Mike tentait de gagner du temps. Le parchemin était caché et enroulé dans un bouchon d’un des cadavres de bouteilles de Pisco, mais la serveuse à califourchon sur lui l’empêchait d’effectuer le moindre mouvement.

  • « Ok, ok, le parchemin est dans le bouquin »
  • « Lequel ? »
  • « Tu sais très bien lequel, celui sur la religion Inca »
  • « Je vois, c’est donc là qu’Oscar l’avait caché, ce petit superstitieux »
  • « Oscar, caché ? »
  • « C’est pas tes affaires »
  • « Il est où ce petit trésor d’ailleurs ? »
  • « Tu es un aventurier et tu n’as pas deviné ? Quel talent ! »
  • « J’ai ma petite idée »
  • « Impossible, même moi je… »
  • « Donc tu ne sais pas où il est, le cartel a l’air vachement bien organisé dis donc ! »
  • « Il est au Machu Picchu imbécile mais personne n’a réussi à déchiffrer l’énigme du parchemin »
  • « Merci pour l’info ! »

Mike s’était défait de ses liens, il était prêt.

  • « Et quel est ton prénom au fait ? »
  • « Qu’est ce que ça peut te faire, on ne se reverra plus jamais »
  • « C’est juste que je dirais à tout le monde que la serveuse n’est pas si gentille qu’elle en a l’air »
  • « Pfff je… »

Mike ne la laissa pas finir et attrapa le bras armé. Il lui fit une clé, laissa tomber le flingue, le repoussa loin et chuchota à l’oreille de la serveuse : « Moi c’est Mike Danti, et ton trésor est à moi petite Rosa ». Il l’attacha au lit, prit le flingue, la bouteille de Pisco, se prépara rapidement et fit un signe de baiser à la serveuse. Elle cria « Tu es MORT ! La Rosa aura ta peau ! » et il éclata de rire. Il vola le premier scooter venu et regarda son GPS, il avait deux heures pour arriver au Machu Picchu avant l’aube. Il était encore un peu éméché mais l’émotion du trésor prenait le pas sur le reste.

Il arriva tant bien que mal au Machu Picchu, il lui restait 30 minutes. « Aux aurores rayonnantes, celle qui surplombe le sacré ouvrira aux chœurs purs le passage des créateurs de la Pierre Sainte ». Aurores, le matin ? Surplombe, la montagne au dessus du Machu Picchu ? Plus rien à perdre, Mike s’empressa. Il courra, esquiva les gardes de l’entrée, sauta les barrières, courra encore et encore. Il lui restait peu de temps. Il arriva tout essoufflé en haut de la montagne du Huayna Picchu qui surplombe le Machu Picchu, et attendit les premiers rayons matinaux.

Le passage, où était le passage ? Le soleil commençait à recouvrir les vestiges incas, et Mike vit quelquechose. Au centre d’une petite forteresse il y avait un puit de lumière. Il s’y précipita, dévalant la pente à toute vitesse et faisant fi des dangers. Il descendit en rappel de manière plus que vertigineuse, puis atterrit enfin sur la terre ferme. Arrivé dans la petite forteresse pierreuse il ne vit absolument rien. Si ce n’est des sortes de meurtrières qui encerclaient un gros bloc de pierre. Il regardait partout, puis son parchemin, et ne comprenait pas. « aux chœurs purs… ». Le vent soufflait et émettait un bruit singulier. Comme s’il soufflait à travers chaque meurtrière. Il s’arrêta. « Quel bruit étrange ». Les meurtrières contenaient des fentes qui donnaient l’impression d’être des instruments. Mike regarda une des fentes, se dirigea vers elle et souffla dedans. Un bruit fort et caverneux sortit alors de la fente. Mais rien ne se passait. « Aux chœurs purs…? ». Il souffla dans toutes les fentes qui produisaient des bruits plus ou moins graves, mais toujours rien.

Il comprit alors. Le bloc de pierre au centre était entouré de ces cinq fentes. Dans un chœur il y a les sopranos, les altos, les ténors et les basses. Un chœur pur ça serait donc un chœur qui produit les mêmes bruits. Et deux fentes avaient cette particularité. Il souffla dans les fentes concernées, le bloc de pierre se décala et laissa place à un passage souterrain. « Victoire ! ».

Il arriva dans un sous-sol magnifique, vestige d’une cité inca enfouie sous le Machu Picchu qui contenait des trésors tous plus merveilleux les uns que les autres. Mais un seul l’intéressait vraiment. La fameuse Pierre Sainte. Il commença ses fouilles mais entendit un bruit suspect. Il vit alors quelqu’un courir vers lui, haletant et paniqué.

  • « Ce trésor que tu convoites, n’y touche pas, retourne chez toi »
  • « Ola ola calme toi bonhomme, puis on ne dit pas à un flic de ne pas arrêter les voyous donc pourquoi je ne prendrai pas ce trésor ? »
  • « Tu ne comprends pas étranger… La Rosa le cherche activement »
  • « Je suis au courant, je la connais bien cette Rosa… Très peu farouche si je peux me permettre »
  • « Ce n’est pas tout… Poser ta main sur le trésor t’infligera une éternité de souffrances… »
  • « Je suis pas trop fan des mythes et légendes, mais t’es qui au fait ? »
  • « Je m’appelle Oscar, j’essaie de cacher tous les indices à la Rosa mais tu as tout fait capoter… »
  • « Le fameux Oscar ! Ecoute, Mike va prendre le relai, rentre tranquillement chez toi et laisse moi revendre ce sacrosaint caillou »
  • « Tu es un ignare, et un danger, je ne te… »

« PAN »

Oscar s’effondra. Il avait prit une balle en pleine tête. Mike se retourna, sous le choc, et vit une dizaine d’hommes armés.

  • « Buenos Dias étranger »
  • « Qui vous êtes encore bordel, et pourquoi vous avez tué ce pauvre gars ! »
  • « La curiosité est un défaut mortel amigo, et c’est le prix à payer… Nous sommes la Rosa… »

Il s’approcha alors de Mike et pointa son flingue sur sa tête. Mike mit sa main dans sa poche pour saisir le sien mais la situation ne semblait pas du tout à son avantage…

FIN


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